Critères carbone à l'achat, bataille de la donnée, verrous financiers et organisationnels : trois responsables de la transformation durable invités au Sommet de la Transformation Durable détaillent les conditions d'une décarbonation qui dépasse les murs de l'entreprise.


Le scope 3, ces émissions indirectes générées en amont et en aval de l'activité, pèse jusqu'à 90 % du bilan carbone d'une entreprise. Autant dire qu'aucune transition ne se joue en vase clos. Prolongeant la table ronde « Faire système : comment décarboner sa chaîne de valeur ? » tenue lors du Sommet de la Transformation Durable, Carole Brinati (vice-présidente Sustainability d'OPmobility), Ingrid Jouve (directrice RSE de SPIE France) et Adrien Deseilligny (directeur stratégie de décarbonation de South Pole) ont livré à Fabrice Cousté leur lecture de ce chantier collectif :

Faire système : comment décarboner sa chaîne de valeur ?
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Faire système : comment décarboner sa chaîne de valeur ?

Les “émissions de la chaîne de valeur”, le fameux scope 3, peuvent représenter jusqu'à 90% des émissions de gaz à effet de serre d’une entreprise. Impossible de réussir sa transition en vase clos. Décarboner sa chaîne de valeur implique une transformation systémique : collaboration fournisseurs, traçabilité, nouveaux modèles d'affaires. Comment orchestrer ce changement collectif ?

10 juillet 2026

Chez OPmobility, la neutralité atteinte sur les opérations propres en 2025 a déplacé l'effort vers les fournisseurs. « Depuis l'année dernière, on a mis un critère de choix qui est lié au CO2 dans le choix de nos fournisseurs », explique Carole Brinati, pour environ la moitié des achats, avec un objectif de moins 30 % d'ici 2030 et une ambition d'embarquer à terme l'ensemble de la base fournisseurs, à l'échelle mondiale. La réglementation devient alors un allié plutôt qu'une contrainte, à l'image de l'échéance de 2032 sur la part de plastique recyclé dans les véhicules : « Un outil qui va nous permettre d'aller tous ensemble à la même vitesse vers un objectif qui est vertueux. »

Chez SPIE France, engagée dès 2019 auprès de fournisseurs eux-mêmes dotés d'une stratégie climat, l'enjeu se déplace vers la donnée physique et l'analyse du cycle de vie, intégrée à des calculateurs de bilan carbone projet. « Notre scope 3, c'est 94 % des émissions carbone de SPIE », rappelle Ingrid Jouve, qui insiste sur la nécessité de réduire aussi les émissions d'usage des équipements installés. À défaut de données précises, l'approximation par familles comparables permet d'éclairer les décisions.

Convaincre avant de mesurer

Reste la condition humaine de la démarche. « Il faut qu'il y ait toute une partie sensibilisation, explication, j'oserais dire vulgarisation », souligne la directrice RSE, l'expertise carbone ne se diffusant pas spontanément aux équipes opérationnelles et commerciales. Adrien Deseilligny identifie le même point de départ : « Il y a des verrous tout au long du chemin », à commencer par le désalignement interne entre acheteurs, RSE et R&D, avant même la question du financement de la transformation.

Pour lever la décision, le consultant plaide la monétarisation des impacts plutôt que l'accumulation d'études. Montrer le point de croisement entre coût de l'action et coût de l'inaction, « ça convainc un CEO qui n'a pas une vision à 2 ans, mais plutôt une vision à 5, 6 ans ». Un mot revient dans les trois témoignages, celui de « collectif », seule échelle à laquelle une chaîne de valeur se décarbone vraiment.

La rédaction