L’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) a actualisé son évaluation du coût global de Cigéo, le projet français de stockage géologique profond des déchets radioactifs les plus dangereux.
L’Andra a remis le 12 mai 2025 au ministre chargé de l’Industrie et de l’Énergie un rapport portant sur la mise à jour de l’évaluation du chiffrage de Cigéo, le projet de stockage géologique profond à Bure (Meuse) pour les déchets radioactifs de haute activité et de moyenne activité à vie longue, comprendre les plus dangereux. Ce chiffrage servira de base à la fixation réglementaire du coût de référence du projet, prévue d’ici la fin de l’année.
Selon l’Andra, le coût total du projet, couvrant plus de 150 ans d’activité, s’établirait entre 26,1 et 37,5 milliards d’euros. Cette fourchette large reflète l’incertitude intrinsèque à un projet de cette ampleur, unique en son genre, ainsi que l’intégration de multiples variables économiques et techniques : fiscalité, choix d’optimisations techniques, niveau de recherche et développement (R&D) et modalités de fermeture du site. Le coût de R&D identifié à date, incluant l’exploitation et la fermeture du laboratoire souterrain creusé depuis 2000, est ainsi estimé entre 1,7 et 2 milliards d’euros.
Le projet Cigéo est conçu pour accueillir environ 10 000 m³ de déchets de haute activité et 73 000 m³ de déchets de moyenne activité à vie longue, produits principalement par EDF, Orano et le CEA. Il s’inscrit dans une logique de très long terme, avec une mise en service envisagée à l’horizon 2050 (au lieu de l'échéance 2035-2040 initialement prévue), suivie d’un siècle d’exploitation, puis d’une phase de fermeture sur vingt ans, jusqu’en 2170. L'Andra a fourni un graphique détaillant le calendrier actualisé du projet, sous réserve de la délivrance de l’autorisation de création fin 2027/début 2028 :
Des économies…et de nouveaux coûts
L’évaluation actualisée inclut pour la première fois une estimation complète et continue, de la conception initiale du site jusqu’à sa fermeture, en passant par la construction, l’exploitation, la maintenance, la sécurité, les taxes et assurances. L’Andra a par ailleurs identifié un potentiel d'économies jusqu'à 3,6 milliards d'euros grâce à des optimisations techniques (matériaux plus performants, allongement d'alvéoles réduisant le nombre de galeries à construire).
En revanche, comme le rapporte l’AFP, l’agence a intégré de nouveaux coûts du fait d'études de conception plus longues que prévu et de retours d’expérience de grands projets souterrains tels que le métro du Grand Paris Express. La sécurisation du site accueillant ce projet contesté par des écologistes et des associations locales représente par ailleurs 10 millions d’euros par an.
"Il s'agit d'un coût globalement maîtrisé, très proche" du précédent chiffrage de l'Andra en 2014 soit 33,8 milliards, a déclaré à l’AFP Gaëlle Saquet, directrice générale par intérim de l'établissement public qui pilote le projet. L’écart entre l’hypothèse basse et haute tient notamment à la fiscalité applicable sur la durée du projet, évaluée selon les seuils du Code des impositions sur les biens et services, avec une différence de 7,4 milliards d’euros entre les extrêmes.
Le financement de Cigéo reste à la charge des producteurs de déchets (EDF, Orano, le CEA) conformément au principe "pollueur-payeur". Ces derniers doivent constituer des provisions financières suffisantes, rendues obligatoires par la réglementation, pour assurer la prise en charge de la gestion à long terme de leurs déchets. Le coût global de Cigéo représente entre 1 et 2 % du coût annuel de la production électrique d’origine nucléairen selon le rapport de la Cour des comptes "Le coût de production de l’électricité nucléaire" de 2012 réactualisé en 2014. L’arrêté ministériel attendu d’ici la fin de l’année déterminera le coût de référence retenu, base indispensable à la poursuite du projet.
Quid des futurs EPR ?
Les volumes de déchets issus des six nouveaux réacteurs (EPR2) annoncés en 2022 par Emmanuel Macron ne figuraient pas dans le dossier de demande d’autorisation de création déposé en janvier 2023, indispensable pour engager la construction. “Ces réacteurs ne sont pas encore autorisés. Toutefois, au regard de l’avancée de leur processus d’autorisation, la faisabilité de leur prise en charge sera regardée pendant l’instruction au titre de l’adaptabilité de Cigéo”, précise l’Agence.
À l’issue de l’instruction technique prévue à l’été 2025, l’Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR) remettra son avis global, qui précisera, le cas échéant, les attendus en vue des prochaines échéances du projet. Par la suite, une phase de consultations réglementaires et une enquête publique se dérouleront avant la fin 2026. Créée en 1991, l'Andra est un établissement public à caractère industriel et commercial indépendant des producteurs de déchets radioactifs, placé sous la tutelle des ministères en charge de l’énergie, de l’environnement et de la recherche.
Alexandre Hervaud

