La Chine vient d’annoncer un tournant symbolique dans sa transition énergétique : pour la première fois, la capacité installée de ses énergies éolienne et solaire dépasse celle du thermique, principalement tiré par le charbon.

Au premier trimestre 2025, le pays a ajouté 74,33 millions de kilowatts en solaire et éolien selon des chiffres officiels relayés par l’AFP, portant la capacité totale à 1,482 milliard de kilowatts contre 1,451 milliard pour le thermique.

Ce franchissement symbolique reflète une dynamique accélérée depuis plusieurs années. Rien qu’en 2024, la Chine avait déjà installé un total record de 357 GW d’énergies renouvelables, soit dix fois plus que les États-Unis. Ces ajouts portaient à 887 GW la capacité solaire et 521 GW l’éolien, dépassant de 15 % l’objectif fixé pour 2030 par Xi Jinping, six ans avant l’échéance.

Mais cette course aux renouvelables cache des défis systémiques. Début avril, PV Magazine soulignait les difficultés d’intégration des nouvelles installations au réseau électrique, notamment à cause d’un plafonnement de l’écrêtage à 5 % et d’une lente modernisation du réseau. Les autorités envisagent aujourd’hui d’assouplir ces contraintes pour faciliter l’essor des projets, quitte à en réduire temporairement la rentabilité.

Le paradoxe du charbon

Pour autant, la Chine ne tourne pas encore la page du charbon. En 2024, 94,5 GW de nouvelles centrales au charbon ont été mises en chantier, soit 93 % du total mondial, selon un rapport cité par l’AFP. La production de charbon a d’ailleurs bondi à 4,8 milliards de tonnes, contre 3,9 en 2020. Ce paradoxe témoigne de la difficulté à concilier ambitions climatiques et impératifs économiques dans une économie encore fortement industrialisée.

Malgré cette dépendance persistante, les experts entrevoient une mutation structurelle : selon Greenpeace Asie de l’Est, la hausse des capacités renouvelables dépasse désormais celle de la consommation électrique, laissant entrevoir un pic imminent des émissions du secteur électrique. La Chine, premier pollueur mondial, s’est engagée à plafonner ses émissions d’ici 2030 et à atteindre la neutralité carbone en 2060. Le pays devrait annoncer de nouveaux engagements climat avant la COP30 organisée à Belém (Brésil) en novembre prochain.

Alexandre Hervaud

Newsletter Flash

Pour recevoir la newsletter 100 Transitions,
merci de renseigner votre mail

{emailcloak=off}