Dans une étude, l’I4CE recense 1,7 milliards d’euros directement investis dans l’adaptation au changement climatique en France cette année. Un montant qui augmente... mais pas assez.
L’Institut de l’économie pour le climat (I4CE), organisme de recherche indépendant créé par la Caisse des dépôts et l’Agence française de développement, vient de publier une étude intitulée Adapter la France à +4°C : moyens, besoins, financements.
Issu du projet Datadapt, soutenu par le ministère de la Transition écologique et l’Ademe, ce travail dresse un état des lieux inédit des efforts déployés en matière d’adaptation au changement climatique, à l’heure où la France doit anticiper des bouleversements de plus en plus tangibles.
Une dynamique récente mais fragile
Depuis 2020, la prise en compte de l’adaptation a progressé de manière significative. Pour 2024, l’étude recense 1,7 milliard d’euros explicitement consacrés à l’adaptation grâce à des dispositifs comme le Fonds vert, le Fonds Barnier, les Agences de l’eau ou encore les appels à projets France 2030. S’y ajoutent des moyens alloués à la recherche, à l’innovation et à l’ingénierie publique.
Au-delà de ces financements fléchés, I4CE souligne que plusieurs dizaines de milliards d’euros de dépenses publiques et d’investissements contribuent indirectement à l’adaptation, par exemple au travers de la rénovation énergétique des bâtiments, la modernisation des infrastructures ou la prévention des risques naturels. Cependant, ces cobénéfices, bien réels, restent souvent trop peu anticipés.
Ainsi, des écoles ou logements rénovés continuent de surchauffer lors des épisodes caniculaires, faute d’intégrer la dimension climatique. De même, des digues renforcées contre les crues se révèlent parfois insuffisantes face à l’intensification des pluies torrentielles, ou encore des routes récemment modernisées se dégradent plus vite que prévu sous l’effet combiné des vagues de chaleur et des feux de forêt.
Des moyens encore trop liés à l’urgence
La recherche met en évidence un travers persistant : l’essentiel des crédits est mobilisé en réaction à des crises – canicules, incendies, inondations – plutôt qu’en anticipation. Cette logique de “rattrapage” permet de répondre aux besoins immédiats, mais ne prépare pas suffisamment le pays à des risques appelés à s’intensifier. Après chaque sécheresse majeure, par exemple, des moyens sont débloqués pour soutenir l’agriculture, sans pour autant engager une réflexion de fond sur la transformation des pratiques.
Les financements récents connaissent déjà un coup d’arrêt : certaines enveloppes, notamment pour la forêt et l’agriculture, sont en baisse dès 2025, marquant la fin de la dynamique observée entre 2020 et 2024. La situation est aggravée par l’érosion des effectifs des opérateurs publics (Météo France, ONF, IGN, Agences de l’eau…), dont les compétences sont pourtant essentielles pour accompagner collectivités et acteurs locaux.
Un socle de besoins incontournables
Dans son étude, I4CE identifie trois priorités à financer d’urgence, quel que soit le cap politique choisi. Tout d’abord, renforcer l’accompagnement et l’ingénierie publique, en consolidant l’expertise disponible pour la rendre accessible aux territoires, à l’image des collectivités confrontées à l’érosion du littoral.
Autre point fondamental : rendre systématique le critère “adaptation” dans tous les investissements en prenant en compte les vulnérabilités potentielles - l’exemple de la gare flambant neuve de Nantes devenue une fournaise durant les vagues de chaleur de l’été dernier vient à l’esprit.
Enfin, sans surprise, l’augmentation des moyens de gestion de crise et le renforcement des capacités d’alerte comme de secours sont largement préconisés, quelques semaines après les incendies massifs qui ont ravagé l’Aude.
La question cruciale du financement
Si la hausse des financements est notable, elle demeure très en deçà des besoins identifiés. Or, la question du « qui paiera ? » reste largement ouverte. Plusieurs pistes émergent : contribution directe des usagers (tarifs de l’eau, de l’énergie, des transports), solidarité entre territoires, ou solidarité nationale dans la continuité du régime des catastrophes naturelles.
Alors que le tout nouveau Premier ministre, Sébastien Lecornu, enchaîne les consultations en vue de former son gouvernement, l’enjeu n’est pas seulement budgétaire : il s’agit d’arbitrages politiques majeurs sur ce que le pays est prêt à préserver, transformer ou abandonner dans une France de 4°C plus chaude.
La rédaction
