Le co-président de l’association B Lab France revient sur la mise à jour des référentiels B Corp, ce mouvement international qui mesure et encourage les bonnes pratiques des entreprises.

Directeur permaentreprise chez norsys, Thomas Breuzard interviendra lors du prochain Sommet de la Transformation Durable organisé le 25 juin 2025 au Pavillon d'Armenonville à Paris : il participera à la table ronde “Entreprise régénérative : quel modèle pour une entreprise (vraiment) responsable ?”

100 Transitions. En 2025, la certification B Corp a introduit un nouveau référentiel : qu’est-ce que cela change à l’évaluation des entreprises ?
Thomas Breuzard. Depuis 2007, B Corp défend une idée simple mais ambitieuse : une entreprise ne doit pas seulement générer du profit, elle doit contribuer activement à un monde plus juste et soutenable. Le label ne se contente pas de mesurer quelques bonnes pratiques isolées. Il évalue l’impact global du business : il faut que l’entreprise propose des produits ou services qui prennent soin de l’humain et préservent la planète.

Aujourd’hui, face à l’urgence climatique et sociale, on ne peut plus se contenter de bonnes intentions. Une entreprise qui se dit engagée doit être capable de démontrer des résultats concrets et sur un certain nombre de thématiques incontournables. A-t-elle une trajectoire climat crédible ? Respecte-t-elle les droits humains tout au long de sa chaîne de valeur ? Est-elle gouvernée avec équité et transparence ? Partage-t-elle les richesses créées ? Le nouveau référentiel B Corp, c’est une montée en gamme face aux enjeux de notre époque. Place à des critères obligatoires sur 7 grands thèmes : climat, justice sociale, diversité, inclusion, gouvernance, droits humains et biodiversité... Tout en gagnant en adaptabilité et en cohérence avec d’autres normes, c’est un vrai crash test de la contribution sociétale de l’entreprise.

Cette redéfinition des standards a-t-elle été entreprise de manière collective et internationale ?

Oui, c’est même ce qui fait sa force. Pendant trois ans, des consultations ont été menées dans les 100 pays où B Corp est présent. Les entreprises certifiées ont pu faire remonter leurs besoins, réagir aux premières versions, et contribuer à affiner la mouture finale. La société civile a aussi été impliquée. C’est ce dialogue qui a permis d’aboutir à cette version 7, ambitieuse mais réaliste. Les premiers audits auront lieu dès l’an prochain et les entreprises sont invitées à commencer à explorer ces nouveaux standards, identifier leurs zones de maturité et les thématiques sur lesquelles elles auront des efforts à fournir pour atteindre les nouvelles exigences.

Pour les entreprises déjà certifiées, cette “mise à jour” sera-t-elle fluide ou, au contraire, synonyme d’efforts importants à fournir ?

Les entreprises déjà certifiées auront une période de transition pour se préparer, se former, et adapter leurs pratiques afin de faciliter le passage de la version 6 actuellement utilisée et la V7 qui commence tout juste à être déployée. Et ce ne sera sans doute pas une formalité pour une majorité d’entreprises. Puisqu’il y a désormais des "figures imposées", elles risquent de découvrir qu’elles ne sont pas encore au niveau d’exigence attendu. Mais c’est aussi le rôle d’un label exigeant : faire progresser, pas simplement valider l’existant.

Dans mon entreprise par exemple, nous sommes 700 personnes à œuvrer pour un numérique utile et éthique, mais sur certains sujets, comme l’inclusion de profils issus de quartiers prioritaires, on a encore du chemin à faire. Nos clients recherchent des profils très qualifiés, et les inégalités dans la formation nous rattrapent. C’est un défi, mais un défi que l’on se doit d’essayer de relever. De manière générale, et c'est ce que je prône au sein de Mouvement Impact France également, l’organisation patronale dont je suis un des administrateurs invités, il faut créer un cadre réglementaire en France qui soit plus favorable aux entreprises qui améliorent la santé des humains et de la planète, qui génèrent des coûts évités pour la collectivité. 

C’est flagrant dans le secteur textile avec des marques françaises qui font des efforts, qui créent de l’emploi local, qui maintiennent des compétences dans les territoires mais qui sont moins compétitives face aux produits fast-fashion de mauvaise qualité qui arrivent sur le marché sans droit de douane à l’entrée.  Qu’il s’agisse de certification, de nouveaux modèles d’affaires, de modèles hybrides en termes de lucrativité : toutes les solutions existent pour que les acteurs dits privés se mettent en mouvement. Et les B Corp d’aujourd’hui comme de demain continueront d’ouvrir la voie.

Propos recueillis par Alexandre Hervaud

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