Le gouvernement a publié la deuxième édition de la Stratégie pluriannuelle des financements de la transition écologique et de la politique énergétique nationale (SPAFTE), accompagnée de la sixième édition du budget vert.
“Face à la multiplication des événements climatiques extrêmes et à la dégradation accélérée de l’environnement, la transition écologique se doit d’être notre priorité absolue à court et à long terme. Décarboner notre économie, adapter nos infrastructures et protéger les travailleurs et les plus vulnérables ne sont plus des choix, mais des urgences pour préserver notre qualité de vie et notre souveraineté.” Signés Roland Lescure, ministre de l’Économie, des Finances et de la Souveraineté industrielle, énergétique et numérique, ces mots introduisent la nouvelle édition de la Stratégie pluriannuelle des financements de la transition écologique et de la politique énergétique nationale (SPAFTE).
Transmis au Parlement tout comme le rapport sur l’impact environnemental du budget de l’État (“budget vert”), ce document dresse un constat sans équivoque : malgré des progrès significatifs, l’ampleur des investissements nécessaires pour atteindre les objectifs climatiques de la France exige une accélération majeure.
Un effort à doubler d'ici la fin de la décennie
Les investissements bas-carbone annuels dans les transports, les bâtiments, le secteur énergétique et l’industrie ont dépassé 110 milliards d’euros pour la troisième année consécutive, atteignant 113 milliards en 2024 selon la SPAFTE. Ces investissements se répartissent entre 17 milliards d’actifs publics et 96 milliards d’actifs privés, témoignant du rôle prépondérant du secteur privé dans le financement de la transition.
"Si les investissements bas carbone ont dépassé les 110 milliards d’euros en 2024, nous devrons plus que les doubler d’ici 2030", déclare dans le préambule du rapport Monique Barbut, ministre de la Transition écologique. Cette ambition nécessite une mobilisation sans précédent, concentrée notamment sur l'électrification des véhicules, la décarbonation des systèmes de chauffage et la rénovation énergétique des bâtiments.
Le rapport souligne toutefois une tendance préoccupante : les investissements bas-carbone ont diminué de 3 milliards d’euros entre 2023 et 2024, illustrant la difficulté à maintenir la dynamique nécessaire dans un contexte budgétaire contraignant.
Réduire de moitié les investissements carbonés
L’atteinte des objectifs climatiques ne repose pas uniquement sur l’augmentation des investissements verts. La SPAFTE insiste sur la nécessité de diviser par deux les investissements carbonés, qui s’élevaient encore à 96 milliards d’euros en 2024. Ces dépenses concernent principalement l’achat de véhicules thermiques et la construction neuve qui accélère l’artificialisation des sols.
Cette réduction des investissements carbonés présente un double avantage stratégique. Elle contribuerait à diminuer les importations d’énergies fossiles, qui représentaient 75 milliards d’euros en 2023, renforçant ainsi la souveraineté énergétique nationale tout en accélérant la transition écologique.
Une approche ciblée du soutien public
Face à l’ampleur des besoins et aux contraintes budgétaires, le gouvernement affirme une stratégie de ciblage du soutien public. L’État et ses opérateurs consacreront 48,9 milliards d’euros en 2026 aux actions favorables à la transition écologique, selon le rapport.
"Le soutien financier de l’État doit être priorisé vers les investissements perçus comme non rentables, ou portés par des ménages ou des entreprises n’ayant pas la capacité financière suffisante pour y faire face", précise la SPAFTE. Cette approche vise à lever les principaux freins sociaux et économiques à la transition tout en maîtrisant l’impact sur les finances publiques.
Le ministère de l’Économie rappelle que "80% des investissements en matière de transition écologique sont portés par le secteur privé", soulignant l’importance d’une mobilisation collective, au-delà du seul effort budgétaire de l’État.
Des mesures concrètes déjà engagées
La stratégie se traduit par des mesures législatives et réglementaires adoptées en 2025. Parmi celles-ci figurent la suppression du taux réduit de TVA pour les chaudières à gaz, l’augmentation de la taxe sur les billets d’avion, avec une tarification différenciée selon les destinations et les classes, ainsi que le renforcement du malus écologique sur les véhicules polluants.
Le dispositif des certificats d’économies d’énergies (CEE) verra son niveau d’obligation augmenter de 27% pour la période 2026-2030, tandis que la méthode de calcul du diagnostic de performance énergétique a été améliorée pour mieux orienter les aides à la rénovation.
Le projet de loi de finances pour 2026 propose des mesures additionnelles, notamment l’augmentation de la fiscalité sur les modes de traitement des déchets peu écologiques et le renforcement des incitations à l’électrification des flottes automobiles d’entreprises.
Au-delà de la décarbonation
Dans un contexte budgétaire tendu, le gouvernement fait le pari d’un financement partenarial et d’un ciblage efficace des aides publiques, tout en mobilisant des outils de l’action publique : prêts, garanties, fiscalité et mesures normatives.
La SPAFTE rappelle que la transition écologique ne se limite pas à la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Elle englobe également l’adaptation au changement climatique, la préservation de la biodiversité, la gestion durable des ressources en eau et la réduction des pollutions. Chacun de ces enjeux nécessite des financements spécifiques et une mobilisation transversale des acteurs publics et privés.
La rédaction
