L’évolution des émissions de gaz à effet de serre entre 2024 et 2025 reste en deçà des niveaux nécessaires pour répondre aux objectifs du projet de Stratégie nationale bas carbone du pays.

Le Citepa (Centre interprofessionnel technique d’études de la pollution atmosphérique) a publié ce 13 janvier son estimation des émissions de gaz à effet de serre de la France pour 2025. Si la tendance à la baisse se confirme, le rythme de décarbonation reste largement en deçà des objectifs fixés par la Stratégie nationale bas-carbone.

Sur les neuf premiers mois de 2025, les émissions de GES s’établissent à 270 millions de tonnes équivalent CO2, soit une diminution de 1,7 % par rapport à la même période en 2024. Pour l’année complète, le baromètre prévisionnel du Citepa anticipe une baisse de 1,6 %, ramenant les émissions totales à 363,4 millions de tonnes de CO2 équivalent.

Cette évolution marque toutefois un net ralentissement, après les baisses plus marquées des années précédentes : la France avait enregistré une réduction de 6,8 % entre 2022 et 2023, puis de 1,8 % entre 2023 et 2024. La dynamique trimestrielle révèle par ailleurs une progression contrastée : après une légère hausse au premier trimestre, les émissions ont reculé de 2,6 % au deuxième trimestre et de 3,7 % au troisième.

Des performances sectorielles inégales

L’industrie manufacturière et la construction affichent la meilleure performance avec une baisse de 3,4 % de leurs émissions sur l’année. Cette diminution s’explique principalement par le recul de l’activité dans la chimie, la production de ciment et la métallurgie, avec une consommation réduite de combustibles fossiles.

Le secteur des transports, premier émetteur national, ne réduit ses émissions que de 1,4 %. La baisse de la consommation de diesel, qui représente l’essentiel des carburants utilisés, est en partie compensée par la hausse de la consommation d’essence. Les émissions du transport aérien domestique montrent quant à elles des signes de stabilisation, après plusieurs années de croissance.

Dans l’agriculture, les émissions diminuent de 1,8 %, portées par la réduction continue du cheptel bovin, tandis que les apports d’engrais azotés connaissent une légère progression. Le secteur du bâtiment enregistre une baisse modeste de 1 %, liée à une moindre consommation de fioul domestique et de gaz naturel, notamment au troisième trimestre, où les ventes de fioul ont chuté de près de 30 % par rapport à 2024.

Seul le secteur de l’énergie voit ses émissions augmenter légèrement, du fait d’une hausse de l’activité de raffinage de pétrole qui compense la diminution des émissions liées à la production électrique.

Un écart croissant avec les objectifs climatiques

Le constat est sans appel : la baisse observée de 1,6 % est trois fois inférieure au rythme moyen de réduction nécessaire. Le projet de Stratégie nationale bas-carbone 3, publié en décembre 2025, fixe un objectif de diminution annuelle de 4,6 % pour respecter les engagements climatiques de la France à horizon 2030.

Si le budget carbone indicatif pour 2025 devrait être respecté, aucun secteur n’atteint le rythme de réduction requis. L’agriculture s’en approche le plus, avec une baisse de 1,8 % contre 2,1 % demandé, suivie par l’industrie (-3,4 % contre -5,3 %). Les transports et le bâtiment accusent un retard particulièrement important.

Au-delà des gaz à effet de serre, le baromètre relève également une amélioration de la qualité de l’air avec des baisses significatives des émissions de dioxyde de soufre (-4 %), d’oxydes d’azote (-2 %) et de nickel (-12 %) sur les neuf premiers mois de l’année.

Ces estimations provisoires seront affinées par l’inventaire national définitif qui sera publié en avril 2026. Elles confirment néanmoins que 2026 devra être “une année de passage à l’action” pour remettre la France sur la trajectoire de ses engagements climatiques.

Pour la ministre de la Transition écologique Monique Barbut, ces résultats appellent à “une remobilisation rapide et coordonnée de l’ensemble des secteurs émetteurs”. Selon elle, “le projet de Stratégie nationale bas-carbone 3 […] fixe un cap réaliste et atteignable pour orienter les investissements verts, réduire notre dépendance aux énergies fossiles et renforcer la souveraineté”. De son côté, Anne Bringault, directrice des programmes au Réseau Action Climat, pointe l’urgence face au backlash venu d’outre-Atlantique : “Face au lobby des hydrocarbures, avec Donald Trump à sa tête tentant de mettre le reste du monde sous sa coupe, la France devrait accélérer la sortie des énergies fossiles pour sa propre souveraineté et sa sécurité.”

Alexandre Hervaud

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