Baptisé « CQFD », le rapport d’activité 2025 de l’Ademe revendique, chiffres à l’appui, l’efficacité de son modèle. Une démonstration publiée alors qu’un projet de loi jugé fragile par le Conseil d’État prévoit de réformer ses délégations régionales.

« D’habitude personne ne lit jamais les rapports d’activité. Mais cette année, je vous invite à le parcourir », écrit Sylvain Waserman sur LinkedIn. Le président-directeur général de l’Ademe sait que l’exercice n’a, cette fois, rien de routinier. Sobrement intitulé « CQFD – 1 an de chiffres, de faits, d’actions », le rapport d’activité 2025 de l’Agence de la transition écologique prend la forme de sept questions-réponses, dont la première donne le ton : « Pourquoi l’efficacité est au cœur du modèle de l’Ademe. » L’agence assume une démarche de démonstration : « apporter des réponses claires et objectives aux questions soulevées », alors que son action « a été débattue » tout au long de l’année.

Dans l’avant-propos, les trois ministres de tutelle – Monique Barbut (Transition écologique), Roland Lescure (Économie, Finances et Souveraineté industrielle, énergétique et numérique) et Philippe Baptiste (Enseignement supérieur, Recherche et Espace) – apportent leur caution au bilan de l’opérateur. « L’électrification est à la fois une politique environnementale, qui réduit nos émissions ; économique, créatrice d’innovation et d’emplois ; et sociale, qui protège la facture énergétique de nos concitoyens », résume Roland Lescure, qui fixe le cap : ramener la part d’énergie fossile consommée de 60 % aujourd’hui à 40 % en 2030, puis 30 % en 2035, en s’appuyant sur « l’expertise et l’ancrage territorial de l’Ademe ».

Un euro engagé, 3,72 euros investis

Premier enseignement : la structure même de la dépense. Sur les 2,8 milliards d’euros engagés en 2025, 88 % correspondent à des aides, 5 % aux dépenses de personnel et 7 % à d’autres dépenses. L’établissement public, fort de 1 207 collaborateurs dont 435 en région, met en avant un effet de levier de son financement : chaque euro engagé par l’Ademe a suscité 3,72 euros d’investissements en faveur de la transition écologique. Le budget traité par équivalent temps plein a par ailleurs doublé depuis 2020. Autre indicateur scruté, la satisfaction des bénéficiaires : selon une enquête Ipsos 2025, 96 % d’entre eux se déclarent satisfaits de l’accompagnement reçu – et, fait notable, 62 % des porteurs de projets dont la demande d’aide a été refusée.

« En 2025, le pilotage par l’efficacité a été au cœur de l’action de l’Ademe, grâce à une vingtaine d’objectifs de résultats définis par nos ministres de tutelle dans le contrat d’objectifs et de performance », souligne Patricia Blanc, directrice générale déléguée, qui précise que chaque résultat est rapporté « à l’euro investi par l’État ».

Le Fonds Chaleur, vitrine de la souveraineté énergétique

Le rapport érige la transition écologique en « levier de souveraineté », avec le Fonds Chaleur en figure de proue. Doté d’un peu plus de 800 millions d’euros, il a soutenu près de 1 200 nouvelles installations en 2025, avec une efficacité carbone de 46,8 euros par tonne de CO₂ évitée. Depuis sa création, le dispositif a financé 11 200 installations d’énergies renouvelables et de récupération, soit 53 térawattheures par an et 2 milliards d’euros d’économie annuelle sur la balance commerciale française grâce à la baisse des importations de gaz. L’ensemble des projets soutenus devrait fournir l’équivalent du chauffage de 5 millions de logements.

Côté entreprises, qui concentrent 48 % des aides (1,193 milliard d’euros), l’agence a accompagné 4 800 structures et 1 030 d’entre elles ont déployé la méthodologie de décarbonation ACT. « Les échanges menés lors de mon Tour de France avec plus de 1 400 entreprises ont montré que le monde économique est dans une forte dynamique », affirme Sylvain Waserman dans son édito. L’Ademe s’est en outre vu confier plus de 1,6 milliard d’euros sur quinze ans pour l’appel d’offres consacré aux grands projets industriels de décarbonation.

Côté territoires, le rapport fait état de 759 millions d’euros d’aides aux collectivités, de 638 collectivités engagées dans le programme Territoire Engagé Transition Écologique et de 4 300 élus accompagnés par le réseau « Élus pour agir ». Pour les ménages, le leasing social a permis d’attribuer 50 000 véhicules électriques, dont 45 % à des bénéficiaires des trois premiers déciles de revenus. L’agence valorise enfin son savoir-faire – neuf avis publiés en 2025, des pompes à chaleur au chauffage au bois – et conclut, par la voix de son président : « Prendre le chemin de la transition écologique en sortant des énergies fossiles, c’est en réalité protéger la planète mais aussi notre pays et nos concitoyens. »

Une publication sur fond de réforme contestée

Cette pédagogie de l’efficacité résonne avec l’actualité immédiate de l’agence. Déposé au Sénat le 20 mai, le projet de loi pour renforcer l’État local prévoit, dans son article 7, d’« intégrer » les délégations régionales de l’Ademe aux Dreal et d’organiser la mise à disposition d’office de personnels auprès des services déconcentrés, sous l’autorité hiérarchique du préfet. Un montage sévèrement critiqué par le Conseil d’État dans son avis du 22 mai : « sans précédent dans le paysage des établissements publics de l’État », il « ne lui apparaît pas satisfaisant en termes de bonne administration » et « porterait atteinte aux droits contractuels des salariés concernés », sans être « justifié par un intérêt général suffisant ».

Pour l’avocat et professeur Arnaud Gossement, le texte comporte « des mesures aussi mal rédigées qu’illégales selon le Conseil d’État lui-même », et l’intention du gouvernement serait « moins de supprimer l’Ademe que de faire semblant » pour adresser des gages à une frange du Parlement hostile à la transition écologique. 

Le quotidien L’Opinion, selon qui « la confiance est brisée » entre l’agence et sa tutelle, rapporte la colère des administrateurs après un conseil extraordinaire tenu le 19 mai en présence du ministre délégué Mathieu Lefèvre, lequel assure que « l’Ademe n’est pas en danger, elle est en mouvement ». Les exemples de doublons avancés par le ministre ont été jugés « non pertinents » par plusieurs administrateurs, dont Benoît Leguet (I4CE). L’examen du texte au Sénat, prévu le 7 juillet, s’annonce à haut risque pour une agence dont l’État ne cesse pourtant, dans le même temps, d’étoffer les missions.

Alexandre Hervaud

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