Pour la première fois en un siècle, les renouvelables ont produit plus d’électricité que le charbon en 2025, selon le rapport annuel du think tank Ember. Une bascule qui prend appui sur le solaire, mais que menace malheureusement la nouvelle crise énergétique mondiale.
Publié ce 21 avril 2026 par le think tank britannique Ember, le septième rapport annuel Global Electricity Review documente un basculement structurel du système électrique mondial. En 2025, les énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique, bioénergie) ont en effet représenté 33,8 % de la production mondiale d’électricité, soit 10 730 térawattheures. Elles dépassent pour la première fois depuis un siècle la part du charbon, tombée pour la première fois de son histoire sous le seuil symbolique du tiers du mix (33 %, soit 10 476 TWh).
L’année 2025 aura été la première depuis la pandémie de Covid-19 en 2020, et seulement la cinquième de ce siècle, à ne pas avoir enregistré d’augmentation de la production d’électricité d’origine fossile. Cette dernière a même légèrement reculé (-0,2 %, soit -38 TWh), alors que la demande mondiale a progressé de 2,8 % (+849 TWh). Toute la hausse de consommation a donc été absorbée par les sources bas carbone, qui ont augmenté de 887 térawattheures sur l’année.
Le solaire, moteur dominant de la transformation
Le rapport d’Ember estime que le solaire a largement contribué à impulser ce mouvement. Sa production mondiale a bondi de 636 térawattheures (+30 %) pour atteindre 2 778, un rythme de croissance inédit depuis huit ans. Cette hausse couvre à elle seule 75 % de l’augmentation de la demande mondiale. Combinés, solaire et éolien (+205 TWh) ont répondu à 99 % de l’accroissement de la consommation électrique. Le solaire mondial représente désormais l’équivalent de la consommation totale de l’Union européenne et a dépassé pour la première fois l’éolien. La part combinée de ces deux modes de production devrait excéder celle du nucléaire en 2026.
La Chine concentre à elle seule plus de la moitié des nouvelles capacités solaires installées dans le monde (378 GW en 2025, sur 647 GW au total) et voit sa production fossile reculer de 0,9 % (-56 TWh), une première depuis 2015. L’Inde, souvent citée comme le prochain moteur de la demande mondiale, enregistre également un recul historique de la contribution de ses centrales fossiles (-3,3 %, -52 TWh), qui s’explique par un nombre record d’installations de renouvelables et une année aux températures clémentes.
Autre tendance saillante : la chute spectaculaire des coûts des batteries (-45 % en 2025, après -20 % en 2024) et l’accélération des déploiements de stockage (250 GWh installés, +46 %) préparent ce qu’Ember qualifie de “seconde étape” du solaire, avec un passage du “solaire de journée” au “solaire à toute heure”. Le Chili et l’Australie font figure de précurseurs, avec suffisamment de capacité de stockage pour déplacer plus de la moitié de leur nouvelle production hors des heures d’ensoleillement.
France : record nucléaire, mais hydraulique en berne
La France occupe une place particulière dans l’analyse d’Ember. Avec 69 % de son électricité d’origine nucléaire en 2025, elle affiche la part la plus élevée au monde, ainsi que la plus forte production nucléaire par habitant (5 882 kWh). Après plusieurs années affectées par les arrêts de réacteurs, sa production atomique a rebondi de 11,6 térawattheures pour revenir à des niveaux proches de 2019. En contrepartie, l’énergie hydraulique française, pourtant promise à une relance prochaine, a accusé l’un des plus forts reculs mondiaux (-11,7 TWh), en raison de la sécheresse qui a touché les Alpes, l’Italie voisine enregistrant une baisse quasi équivalente (-11,4 TWh). À l’échelle européenne, l’hydraulique a chuté de 43 térawattheures sur l’année, ce qui a en partie justifié une hausse de 8 % de la production gazière dans l’UE.
Grâce à un mix dominé par l’hydraulique, c’est le Brésil qui détient la plus faible intensité carbone électrique par habitant du G20, “juste devant la France”, souligne le rapport. Au sein de l’UE, le solaire et l’éolien ont pour la première fois dépassé l’ensemble des énergies fossiles (30 % du mix contre 29 %), tandis que le charbon est tombé à 9,2 %, un plancher historique.
Une bascule sur fond de nouveau choc géopolitique
La conclusion du rapport inscrit explicitement ce basculement dans le contexte de la guerre déclenchée par les États-Unis et Israël contre l’Iran, “deuxième choc fossile majeur en seulement quatre ans”, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Ember rappelle que les exportations de GNL passant par le détroit d’Ormuz représentaient en 2024 quelque 550 térawattheures d’équivalent électricité, soit à peine moins que la production solaire mondiale cumulée de 2025. Par ailleurs, après la décision de l’UE de supprimer progressivement les importations de gaz russe d’ici à la fin 2027, les États membres s’exposent à une plus grande dépendance au GNL américain. La facture gazière de l’Union a ainsi atteint les 32 milliards d’euros en 2025 (+16 %).
Pour les auteurs, la concomitance de ces deux phénomènes (crise énergétique majeure et passage d’un cap technologique pour les renouvelables) offre à une partie du monde l’occasion d’ancrer sa sécurité énergétique dans un socle domestique et bas carbone. Sont notamment concernés les pays importateurs de combustibles fossiles, où vivent les trois quarts de l’humanité. Le rapport cite ainsi le Pakistan, dont l’essor solaire devrait éviter 6 milliards de dollars d’importations de gaz en 2026, et l’Indonésie, qui a annoncé un plan de 100 gigawatts solaires couplés à du stockage. Aditya Lolla, directeur général par intérim d’Ember, se veut optimiste : “nous sommes fermement entrés dans l’ère de la croissance propre”.
Alexandre Hervaud
