L’École normale supérieure lance un Observatoire consacré à l’analyse des impacts environnementaux de l’intelligence artificielle à toutes les étapes de son cycle de vie et à leur mitigation.

Investissements, partenariats, constructions de data centers… À l’occasion de la Semaine pour l’action sur l’IA organisée en France du 6 au 11 février, les annonces liées à l’intelligence artificielle se multiplient. L’École normale supérieure a ainsi annoncé le lancement d’un Observatoire consacré à l’analyse des impacts environnementaux de l’IA, avec le soutien de Capgemini. L’objectif : « établir une méthodologie solide et partagée pour promouvoir les pratiques durables d’utilisation de l’IA. »

Rappelons que les puissances de calcul croissantes requises par les nouveaux usages, en particulier l’IA générative, entraînent d’importantes hausses de consommation d’énergie et d’eau. Un récent article des équipes R&D de Capgemini avance que les grands modèles d’IA générative utilisent 4 600 fois plus d’énergie que les modèles traditionnels et que, dans le scénario le plus pessimiste, la consommation d’électricité liée à l’IA pourrait être multipliée par 24,4 d’ici à 2030 !

Manque de transparence

Outre la promotion de pratiques d’IA « durables », l’Observatoire ambitionne de créer une base de données mondiale, en accès libre, à laquelle les développeurs et les chercheurs en IA pourront contribuer avec des données sur la performance environnementale de leurs modèles, « favorisant ainsi la transparence et la collaboration entre les industries et le monde de la recherche ».

Les scientifiques mobilisés auront-ils toutefois accès à suffisamment de données pertinentes ? Aurélie Bugeau, professeure d’informatique à l’université de Bordeaux et impliquée dans l’Observatoire, explique ainsi à Libération que « les fabricants de cartes graphiques comme Nvidia ne sont pas transparents sur leurs données ». Pour estimer l’émission de CO2 engendrée par la fabrication d’un microprocesseur, la chercheuse utilise des modèles qui génèrent encore « beaucoup d’incertitudes ».

2000 cadres interrogés

Parmi les chantiers annoncés, Aurélie Bugeau annonce un focus sur « l’impact environnemental des composants en fin de vie, les conséquences de l’IA sur les infrastructures électriques, ou encore les impacts indirects des IA liés aux changements de comportements qu’elles produisent ».

La marge de progression dans le domaine est considérable. Le rapport Developing sustainable Gen AI, publié en janvier 2025 par le Capgemini Research Institute, a interrogé 2000 cadres dirigeants de grandes entreprises basées dans quinze pays. Parmi eux, seuls 12 % confirment que leur employeur mesure l’empreinte environnementale de l’IA générative. Et seuls 20 % classent cet impact parmi les cinq premiers facteurs déterminant le choix de modèle d’IA utilisé pour leurs services.

Alexandre Hervaud

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