Après les États-Unis, le lobby des data centers s’invite en force à Bruxelles. Sous couvert de souveraineté technologique, les industriels de l’IA réclament un assouplissement des règles environnementales et le recours accru aux énergies fossiles pour alimenter la course aux nouveaux centres de données.

Ce n’est une surprise pour personne : l’explosion de la demande de data centers causée par l’IA est incroyablement énergivore. Les opérateurs redoublent de créativité pour essayer d’alimenter les projets de nouveaux sites qui poussent comme des champignons partout sur la planète. L’alimentation électrique constitue souvent le goulot d’étranglement de ces projets, les capacités de production et de transport existantes étant limitées. Les sociétés du secteur tentent donc de sécuriser à tout prix leur approvisionnement, parfois en s’installant sur d’anciens sites industriels à proximité de barrages, ou même en finançant la remise en marche de réacteurs nucléaires à l’arrêt. Paradoxalement, les énergies renouvelables n’ont pas tant le vent en poupe que cela. Si elles produisent une énergie très abordable, en particulier le solaire, elles sont par nature intermittentes. Même les solutions de stockage les plus modernes ne sont pas suffisantes pour des data centers, dont les besoins énergétiques dépassent parfois le gigawatt…

Le fossile fait son grand retour

Pour faire face à toutes ces contraintes, nombre d’acteurs du secteur ont déniché une solution simple : le retour à des générateurs utilisant des énergies fossiles. Une nouvelle fois, les options sont nombreuses : prolongement de la vie de centrales à charbon qui devaient pourtant être mises hors ligne, ou encore construction accélérée de centrales au gaz naturel. Près d’une douzaine de centrales de ce type ont été mises en construction cette année aux États-Unis, avec des délais entre le dépôt des plans et le début des travaux qui ne dépassent parfois pas les trois mois ! Pire encore, certains opérateurs utilisent des fermes de dizaines de turbines à gaz ultra-polluantes, sans le moindre permis. Ce type d’installation, décriée par les riverains, est ironiquement une spécialité de xAI, la société d’Elon Musk, qui a pourtant construit sa fortune sur les voitures électriques et les solutions solaires…

Chantage à la souveraineté

Un nombre croissant de lobbyistes du secteur de l’IA militent désormais pour le développement de ces méthodes excessivement polluantes en Europe, jusqu’ici cantonnées aux États-Unis. L’objectif est simple : accélérer le déploiement de nouveaux sites, ces derniers étant ralentis par les délais liés au raccordement électrique. Lex Coors, le président du plus grand lobby européen des data centers, plaide ainsi ouvertement pour la construction de nouvelles centrales à gaz. Sans elles, l’Union européenne risque selon lui d’être dépassée par les États-Unis et la Chine, et de perdre tout espoir d’indépendance technologique.

Des pressions qui font grincer des dents, tant du côté des associations de défense de l’environnement, qui enjoignent à la Commission de ne pas abandonner ses objectifs climatiques, que de celui de certains observateurs, inquiets de voir nourrir le secteur de l’IA, qui ressemble de plus en plus à une bulle.

La polémique intervient dans un contexte de backlash écologique généralisé en France et en Europe, alors que le lobbying des industries les plus polluantes se fait de plus en plus agressif. Microsoft s’était ainsi fait épingler il y a quelques semaines lorsqu’une de ses propositions visant à rendre confidentielles les données sur les impacts environnementaux des data centers avait été reprise mot pour mot dans une proposition d’amendement de la Commission.

François Arias

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