La Commission européenne a dévoilé 47 projets d’exploitation de ses terres rares et métaux stratégiques, comme le lithium et le graphite. Objectif : réduire la dépendance de l’Europe à la Chine et sécuriser son industrie.
"Le lithium chinois ne peut pas devenir le gaz russe de demain", a déclaré mardi à Bruxelles le commissaire européen à l’Industrie, Stéphane Séjourné, comme le rapporte l’AFP. L’ex-ministre de l’Europe et des Affaires étrangères a dévoilé 47 projets prioritaires pour l’extraction, le traitement et le recyclage de terres rares et métaux stratégiques sur le sol européen. Une volonté de souveraineté qui s’explique par une succession de bouleversements : la crise du Covid-19 et la guerre en Ukraine sont les principales motivations derrière cette ambition de relocalisation, jugée d’autant plus nécessaire depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche.
Les 47 nouveaux projets stratégiques sont répartis dans treize États membres de l’UE : Belgique, Italie, Allemagne, Espagne, Estonie, Tchéquie, Grèce, Suède, Finlande, Portugal, Pologne et Roumanie. Huit sont prévus en France, avec notamment deux projets d’extraction de lithium dans l’Allier (groupe Imerys) et en Alsace (Eramet). Tous couvrent un ou plusieurs segments de la chaîne de valeur des matières premières, avec 25 projets comprenant des activités d’extraction, 24 de transformation, dix de recyclage et deux de substitution des matières premières.
Ces projets stratégiques concernent 14 des 17 ressources stratégiques énumérées dans la législation sur les matières premières critiques. Plusieurs couvrent le lithium (22 projets), le nickel (12 projets), le cobalt (10 projets), le manganèse (7 projets) et le graphite (11 projets), qui bénéficieront à la chaîne de valeur des matières premières des batteries de l’UE. D’autres projets stratégiques portant sur le magnésium (1 projet) et le tungstène (3 projets) “contribueront à la résilience de l’industrie de la défense de l’UE, qui dépend de l’utilisation de ces matériaux”, explique Bruxelles.
Angle mort
Dans un communiqué, la Commission justifie la sélection de ces projets : “ils contribuent à la sécurité de l’approvisionnement de l’UE en matières premières stratégiques, respectent les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance et sont techniquement réalisables”, tout en évoquant “des avantages transfrontaliers évidents pour l’UE”. Une décision qui bénéficie de la mise en œuvre de la législation sur les matières premières critiques (CRMA), entrée en vigueur le 23 mai 2024. En vertu de cette loi, la procédure d’octroi de permis ne dépassera pas 27 mois pour les projets d’extraction et quinze mois pour les autres projets sélectionnés. À l’heure actuelle, les processus d’autorisation peuvent durer entre cinq et dix ans.
"Pendant longtemps, les matières premières ont été l’angle mort de notre politique industrielle. Trop compliqué, trop cher, trop long à produire : l’Europe a préféré acheter quasi exclusivement en dehors de ses frontières la plupart des matières premières dont elle avait besoin", a déclaré Stéphane Séjourné, estimant que cette époque était révolue.
Alexandre Hervaud

