Campus IA et RTE ont annoncé la signature d’un contrat de raccordement accéléré au réseau électrique pour le développement d’un campus d’infrastructures numériques à Fouju, en Seine-et-Marne.
Cet accord dévoilé ce lundi 26 janvier constitue la première application concrète de la procédure de raccordement accélérée dite "Fast track", annoncée lors du Sommet pour l’Action sur l’intelligence artificielle organisé à Paris en février 2025 et approuvée par la Commission de régulation de l’énergie au printemps dernier.
Il prévoit une mise à disposition progressive de la puissance électrique : 240 MW d’ici à fin 2027, puis 700 MW avant fin 2029, avec une capacité maximale de 1 400 MW à terme. Porté par MGX, Bpifrance, Mistral AI et NVIDIA, Campus IA ("un investissement de 50 milliards d’euros sur 70 hectares dans leur village de 637 habitants", rappelait Le Parisien en octobre 2025, relayant alors les inquiétudes des riverains) ambitionne de doter la France et l’Europe d’infrastructures numériques de très grandes capacités, conçues selon les standards les plus exigeants en matière de performance, de sobriété énergétique et d’intégration territoriale.
Un modèle de raccordement vertueux
Cette procédure innovante, réservée à un nombre restreint de sites présentant des caractéristiques favorables, repose sur trois principes structurants. Comme le souligne Thomas Veyrenc, directeur général des pôles en charge de l’économie, de la stratégie et des finances chez RTE : “La France propose un délai et une puissance de raccordement compétitifs à l’échelle mondiale : le premier palier de puissance de "Campus IA" (240 MW) sera atteint rapidement (fin 2027), le site bénéficiera d’une puissance garantie de 700 MW dans trois ans (2029), et jusqu’à 1400 MW à terme.”
Le dispositif innove également par son volet financier : “Les acteurs s’engagent financièrement dès le début et participent au financement de l’infrastructure et de son exploitation. Ce système est vertueux : les projets de cette envergure ont un impact important sur le système électrique, il faut donc bien programmer leur intégration et éviter les "projets fantômes" qui réservent de la capacité sans l’utiliser”, précise Thomas Veyrenc.
Des atouts français au service de la compétitivité
Pour Xavier Piechaczyk, président du directoire de RTE, cet accord illustre les atouts structurels français : “La France dispose aujourd’hui d’une électricité décarbonée abondante et d’un réseau de transport bien maillé et performant. Ensemble, ils permettent à la fois d’accélérer la décarbonation de l’industrie et d’accueillir des centres de données de taille mondiale, contribuant ainsi au renforcement de la souveraineté numérique européenne.” Et d’ajouter : “Avec la mise en place de la procédure "Fast track", RTE contribue à la concrétisation rapide de projets stratégiques tels que celui porté par Campus IA.”
Thibaud Desfossés, directeur général de Campus IA, salue cette étape dans un communiqué : “l’accord avec RTE sécurise la première phase de développement de Campus IA et marque une étape majeure pour le projet. Conçu comme une plateforme industrielle, Campus IA a vocation à accompagner durablement les besoins des grands acteurs du cloud et de l’intelligence artificielle, en lien étroit avec les collectivités territoriales et l’État.”
Pas d’opposition entre industrie et numérique
Face aux inquiétudes sur la consommation électrique des data centers, Thomas Veyrenc appelle à relativiser certaines projections alarmistes : “RTE a indiqué dans son récent Bilan prévisionnel que la France produisait suffisamment d’électricité pour alimenter de nombreux nouveaux projets, sans conflits d’usage : opposer l’industrie et le numérique n’a pas de sens.”
L’occasion pour lui de rappeler que “RTE investit en ce moment dans les zones industrielles (à Dunkerque et au Havre, les travaux ont commencé) et accompagne chaque territoire dans ses perspectives de décarbonation”.
Le réseau, facteur de compétitivité décisif
Dans un contexte de concurrence mondiale exacerbée, la capacité du réseau électrique français devient un avantage comparatif majeur. “Ailleurs, aux Etats-Unis comme en Europe, les réseaux saturent face à l’afflux des demandes de connexion. Le réseau devient donc un facteur essentiel de compétitivité”, observe ainsi Thomas Veyrenc. “Cette nouvelle procédure montre qu’il est possible de faire preuve d’agilité dans le raccordement, y compris dans des zones très convoitées comme l’Ile-de-France”, ajoute-t-il.
Cette première application de la procédure Fast track pourrait ouvrir la voie à d’autres projets d’envergure, consolidant la position de la France comme terre d’accueil privilégiée pour les infrastructures numériques stratégiques en Europe.
La rédaction
Photo : visuel prévisionnel de Campus IA
