Le gestionnaire du réseau de transport d’électricité a dévoilé ses résultats annuels 2025, confirmant une accélération de son programme d’investissements au service de deux priorités stratégiques : le renouvellement d’un réseau vieillissant et l’électrification de l’économie nationale.
En 2025, RTE a investi 3 346 millions d’euros dans ses infrastructures, soit une hausse de 29 % par rapport à 2024. Sur quatre ans, l’entreprise a plus que doublé ses investissements (+112 %), marquant une rupture nette avec les trajectoires antérieures. Cette dynamique s’inscrit dans le cadre du Schéma décennal de développement du réseau (SDDR 2025), qui vient de recevoir un avis favorable de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).
Ce programme répond à un constat structurel : 45 % du réseau aérien français a été construit entre les années 1920 et 1970. “10 % des infrastructures datent d’avant la Seconde Guerre mondiale, 35 % des années 1945-1970”, rappelle Thomas Veyrenc, directeur général en charge de l’Économie, de la Stratégie et des Finances et membre du directoire de RTE.
Face à l’urgence du renouvellement et à l’accélération des aléas climatiques – tempête Benjamin, crues, épisodes de mini-tornades dans l’Allier, canicule précoce en juillet –, la modernisation du réseau existant constitue le premier poste de dépenses de l’entreprise, représentant près de 40 % des investissements annuels, soit 1,3 milliard d’euros (+17 % par rapport à 2024). Entre 2026 et 2030, ce poste se stabilisera à 1,5 milliard d’euros par an, en ciblant prioritairement les infrastructures les plus exposées aux risques climatiques.
Une montée en cadence de l’électrification
Le second axe stratégique concerne le raccordement des nouveaux consommateurs industriels et numériques au réseau. En 2025, les investissements consacrés aux raccordements terrestres et aux renforcements associés ont progressé de 74 % par rapport à 2024. Plus de la moitié de ces dépenses de raccordement portent sur l’industrie (nouvelles usines ou électrification de sites existants) et le numérique, notamment les centres de données.
Parmi les avancées concrètes de l’exercice, les travaux ont débuté dans les zones industrialo-portuaires de Dunkerque et du Havre, conformément au calendrier défini dès 2022. Par ailleurs, un premier contrat dit “fast-track” a été conclu avec Campus IA pour le raccordement accéléré d’un campus d’infrastructures numériques, permettant une puissance à terme de 1,4 gigawatt (GW) avec un premier palier de consommation disponible dès 2027. Au total, plus de 200 projets d’électrification dans la grande industrie ou les centres de données ont désormais sécurisé leur accès au réseau, représentant une puissance cumulée de 33 GW, contre 145 projets l’année précédente.
RTE engage par ailleurs progressivement le renforcement de la colonne vertébrale du réseau à très haute tension, en démarrant par le centre de la France. Ces travaux de grande ampleur, prévus entre 2028 et 2030, seront conduits sans interruption de service. En 2026, 661 millions d’euros seront consacrés aux interconnexions avec l’Irlande et l’Espagne. Sur la décennie 2020-2030, la capacité d’export de la France sera ainsi portée de 18 à 29 GW, positionnant le pays comme un acteur central de la souveraineté énergétique européenne.
Des résultats financiers en amélioration
Sur le plan financier, RTE enregistre en 2025 un chiffre d’affaires de 6 658 millions d’euros, en hausse de 20 % (soit +1 099 M€) par rapport à 2024. Ce chiffre se décompose en 4 787 millions d’euros de recettes d’accès au réseau et 1 674 millions d’euros de recettes d’interconnexions, ces dernières progressant de 41 % sous l’effet de la compétitivité de la production électrique française et des écarts de prix de gros entre la France et ses voisins européens.
L’Ebitda atteint 2 371 millions d’euros et le résultat net s’établit à 554 millions d’euros, en forte progression malgré une hausse des charges d’exploitation liée à l’augmentation structurelle des volumes de congestion. Le nouveau cadre tarifaire TURPE 7, entré en vigueur le 1er août 2025, a contribué à consolider ces résultats en dotant l’entreprise de moyens accrus pour l’exercice de ses missions de service public. La dette nette s’élève à 13 milliards d’euros, en hausse de 2 milliards pour accompagner la croissance de l’activité, avec un ratio FFO/dette nette de 9,9 %.
Une stratégie de financement diversifiée
Pour soutenir cette trajectoire industrielle, RTE a diversifié ses sources de financement en 2025. Deux émissions obligataires, pour un montant total de 1,75 milliard d’euros, ont été largement sursouscrites (respectivement cinq et trois fois), avec une maturité moyenne de douze ans et un coupon moyen de 3,55 %. L’entreprise a également obtenu un prêt de 800 millions d’euros de la Banque européenne d’investissement dans le cadre du projet d’interconnexion Golfe de Gascogne, ainsi qu’un premier prêt de 1 milliard d’euros adossé aux fonds d’épargne français, conclu avec la Caisse des dépôts. À fin 2025, la maturité moyenne de la dette long terme de RTE est de dix ans pour un coût moyen de 2,36 %. L’agence Standard & Poor’s a attribué à l’entreprise la note “A, perspective négative” en mars 2025.
“Le réseau électrique est un atout pour la France dans la concurrence internationale : il doit le demeurer”, résume Thomas Veyrenc, soulignant que la trajectoire de RTE est “conçue pour être ajustable” en fonction des évolutions de contexte. En 2026, l’entreprise poursuivra sur cette lancée, avec une exigence accrue en matière d’optimisation et de performance opérationnelle. La CRE a d’ores et déjà approuvé, le 26 février dernier, le programme d’investissements proposé pour l’exercice, confirmant la solidité du cadre régulatoire sur lequel s’appuie le gestionnaire du réseau.
Alexandre Hervaud
