Lancée sur le site de la gigafactory ACC à Billy-Berclau, l’association France Batterie fédère quarante industriels et les principaux organismes de recherche autour d'une feuille de route commune pour structurer la filière batterie en France.

Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l'Industrie, a officiellement lancé ce mardi 24 mars France Batterie en présence des acteurs de la filière des Nouveaux Systèmes Énergétiques. Le lieu choisi n'est pas anodin : la gigafactory d'Automotive Cells Company (ACC) à Billy-Berclau, dans le Pas-de-Calais, symbole des ambitions industrielles françaises en matière de batteries. 

Cette nouvelle entité vise à organiser le travail collectif des acteurs de la chaîne de valeur, de l'extraction au recyclage, dans un contexte de compétition internationale exacerbée et de montée en puissance de l'électrification.

Ni syndicat ni fédération

France Batterie prend la forme d'une association, et non d'un syndicat ou d'une fédération, portée par le Comité Stratégique de Filière Nouveaux Systèmes Énergétiques. Elle réunit une quarantaine d'industriels couvrant l'ensemble des maillons de la filière : extraction, matériaux et composants, cellules, assemblage et intégration, électronique, seconde vie et recyclage. À leurs côtés figurent les principaux organismes de recherche français : CNRS, CEA, BRGM, IFPEN.

Concrètement, la structure est appelée à animer des groupes de travail thématiques, à conduire des analyses des chaînes de valeur, à formuler des recommandations opérationnelles en lien avec l'État et à produire des outils de veille stratégique. Parmi ces derniers, l'Observatoire international de la batterie, développé dans ce cadre, permettra de suivre les dynamiques industrielles mondiales et d'analyser les stratégies des pays et des acteurs.

Trois priorités à horizon 2030

La feuille de route de France Batterie, signée avec l'État et les partenaires sociaux dans le cadre du contrat stratégique de filière en 2025, repose sur trois axes structurants : le déploiement de gigafactories pour atteindre 100 à 120 GWh de capacité de production d'ici 2030 ; la sécurisation des approvisionnements en matières premières, notamment via le recyclage et le développement de matériaux et composants ; et la constitution d'un écosystème durable de réparation et de seconde vie des batteries.

L'État a accompagné la montée en puissance de cette filière de manière significative : depuis 2019, plus de 3 milliards d'euros ont été mobilisés via les projets importants d'intérêt européen commun (PIIEC) et le programme France 2030, pour soutenir l'ensemble de la chaîne de valeur, renforcer la formation et stimuler l'innovation. La filière représente aujourd'hui plus de 50 milliards d'euros de chiffre d'affaires et près de 250 000 emplois.

Au-delà des technologies lithium-ion déjà maîtrisées, la filière française travaille au développement de solutions de nouvelle génération : batteries sodium-ion et batteries tout solide. Ces innovations s'appuient sur un réseau académique reconnu et positionnent la France parmi les acteurs engagés dans la prochaine génération de technologies de stockage.

Un enjeu de souveraineté 

Si l'électrification de la mobilité constitue le débouché le plus visible, les batteries sont identifiées comme une technologie stratégique bien au-delà du secteur automobile : transition énergétique, stabilité des réseaux électriques, stockage des énergies renouvelables, mais aussi aéronautique et défense. “Les batteries sont stratégiques pour l'électrification des véhicules, elles sont plus largement au cœur de la transition énergétique”, a déclaré dans un communiqué Stéphane Michel, co-président du Comité Stratégique de Filière et directeur général Gas, Renewables & Power chez TotalEnergies. Laurent Bataille, co-président et président de Schneider Electric Europe, a quant à lui insisté sur le lien entre décarbonation et autonomie stratégique : “L'électrification ne servira pleinement l'Europe que si les briques technologiques critiques sont pensées, conçues et industrialisées en Europe.”

France Batterie s'inscrit dans une dynamique européenne soutenue par deux initiatives structurantes : l'Industrial Accelerator Act (IAA), qui introduit des critères de contenu européen conditionnant l'accès aux marchés publics et aux aides, et le Battery Booster Facility, destiné à accélérer la montée en puissance des gigafactories. Ces mécanismes viennent compléter les dispositifs d'innovation existants et renforcent la logique de réciprocité dans l'accès aux marchés, face aux producteurs extra-européens.

Alexandre Hervaud

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