Avec le déclenchement de la guerre en Iran et le blocus du détroit d’Ormuz, la question de la résilience énergétique de l’Europe revient sur le devant de la scène.
Dans ce contexte de hausse des prix des carburants et de mise en lumière de nos faiblesses d’approvisionnement, la Commission européenne vient d’annoncer un nouveau package énergétique particulièrement important, reste à voir si il est à la hauteur des attentes et des besoins.
Le dilemme des aides et du respect de la concurrence
Si la question des approvisionnements de long terme reste évidemment centrale, impossible pour la Commission d’ignorer l’urgence économique et bien entendu politique des États membres, qui doivent composer avec une explosion du prix des carburants. Pour cela, elle demande aux gouvernements de privilégier le cadre légal existant et des mesures « ponctuelles, ciblées et temporaires » – tout en ajoutant qu’elle adoptera rapidement un encadrement temporaire des aides d’État, afin d’offrir une flexibilité supplémentaire aux gouvernements nationaux pour certains secteurs. La Commission doit mener ici un délicat numéro d’équilibriste, entre soutien à certains secteurs sinistrés et gestion du risque d’entrave à la concurrence entre États.
Temps long et coordination
Au-delà des questions d’aides ponctuelles, l’essentiel des annonces se concentre sur des mesures de long terme. Le message est clair : il va falloir resserrer les rangs et avancer de manière unie sur le sujet. Dans le viseur, par exemple, une meilleure coordination de la gestion des stocks de produits pétroliers, de la production des raffineries ou encore de la mise en place d’un observatoire des carburants pour suivre stocks, production et importations au niveau européen. L’objectif est d’atténuer les chocs de prix et d’éviter les pénuries qui guettent dans certains secteurs clés, comme l’aviation. Sur la question du kérosène, qui commence à manquer, l’Union veut élargir ses importations vers les États-Unis et accélérer le déploiement de carburants dits « durable ».
Renforcer la production locale pour le transport
Autre angle d’attaque : l’électrification massive du secteur des transports, avec un plan d’action qui devrait être publié d’ici l’été. Il fixera des objectifs en matière d’électrification et identifiera des mesures nécessaires pour l’accélérer dans les secteurs de l’industrie, des transports et de la construction. Reste que l’électrification des usages nécessitera mécaniquement un réseau capable de l’encaisser. Sur ce point, la Commission insiste pour que le plan qu’elle avait présenté en décembre dernier soit rapidement adopté. Encore une fois la question de la coordination entre états se pose, nombre d'entre eux, la France en tête, ayant décidé d'accélérer sur le sujet ces dernières semaines.
Autant de mesures qui vont nécessiter des financements. Pour cela, des fonds existants seront mis à contribution, mais la Commission compte aussi sur les capitaux privés pour réunir les quelque 660 milliards d’euros par an nécessaires pour atteindre les objectifs de transition énergétique qu’elle s’est donnée pour 2030.
Pas d’annonce majeure ou de révolution donc du côté européen, mais plutôt une volonté d’accélérer le calendrier existant. Avec, en filigrane, un constat quelque peu ironique : ce sont les mesures écologiques, qui ne sont pourtant guère plus en odeur de sainteté ces dernières années, qui sont désormais invoquées pour sauver l’économie de sa dépendance aux énergies fossiles.
François Arias
