Réunis à Paris les 23 et 24 avril sous présidence française, les ministres de l'Environnement du G7 ont adopté sept déclarations couvrant biodiversité, océan, eau, désertification et résilience immobilière. Grand absent : le climat.
Deux jours, sept textes, une absence remarquée. La réunion des ministres de l'Environnement du G7, organisée les 23 et 24 avril à Paris sous présidence française, s'est conclue par l'adoption de sept déclarations couvrant un spectre large de sujets environnementaux.
Accueillies par Monique Barbut, ministre de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, les délégations d'Allemagne, du Canada, des États-Unis, d'Italie, du Japon, du Royaume-Uni et de l'Union européenne, rejointes par huit pays partenaires (Arménie, Australie, Brésil, Corée du Sud, Inde, Kenya, Mongolie et Turquie), ont travaillé en amont du sommet des chefs d'État prévu à Évian du 15 au 17 juin prochain. Un premier rendez-vous largement scruté, dans un contexte international que la présidence française qualifie elle-même de “plus complexe”.
Une absence qui interroge : le climat hors jeu
Le fait marquant de cette réunion tient moins à ce qui a été dit qu'à ce qui n'a pas été abordé. Un an après le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et alors que le (nouveau) retrait des États-Unis de l'Accord de Paris est devenu effectif, la question climatique a été délibérément écartée des thématiques négociées. Monique Barbut l'a reconnu lors de la conférence de presse de clôture : “le climat, posé directement ainsi, je le dis sans détour, ne fait pas partie” des sujets de consensus. La ministre s’est défendu: “ce n’est pas un choix de moindre ambition, mais d'efficacité” martelant avoir eu “une approche pragmatique en cherchant des résultats là où c'est possible”.
Ce pragmatisme assumé traduit la ligne stratégique retenue par Paris : préserver l'unité d'un G7 fragilisé par les divergences transatlantiques, quitte à contourner le sujet qui fâche. Un événement dédié spécifiquement à la réduction des émissions de méthane, gaz responsable d'environ un tiers du réchauffement global, est prévu le 4 mai pour tenter de compenser, partiellement, cet angle mort.
L'Alliance pour le financement de la nature et des peuples
Parmi les initiatives concrètes, le lancement officiel de l'Alliance pour le financement de la nature et des peuples constitue la principale annonce de la présidence française. Réunissant banques publiques de développement, institutions multilatérales, fondations, philanthropies, fonds à impact et entreprises privées, cette alliance ne vise, selon les mots de la ministre, “ni à créer un nouveau fonds ni à créer une couche administrative supplémentaire”.
Il s'agit de renforcer les synergies entre acteurs publics et privés pour faire émerger des projets communs de conservation, alors que la biodiversité mondiale connaît un déclin documenté : près d'un million d'espèces menacées d'extinction, plus de 85 % des zones humides disparues. L'initiative devra nourrir la COP17 de la Convention sur la diversité biologique, prévue à Erevan, en Arménie, du 18 au 30 octobre 2026.
Sous l’océan
Prolongeant la dynamique de la Conférence des Nations Unies sur l'Océan tenue à Nice l’an dernier, deux textes consacrent les engagements sur l'océan. La première déclaration établit une Alliance des gestionnaires d'aires marines protégées (AMP), dédiée au partage de bonnes pratiques sur le financement, la gouvernance, le suivi scientifique et la surveillance.
La seconde cible la pêche illicite, non déclarée et non réglementée (INN), qui représenterait 40 à 50 % des prises dans le golfe de Guinée selon les estimations citées dans le texte. Les pays du G7 s'engagent à promouvoir la mise en œuvre effective des cadres internationaux existants. Ces derniers permettent notamment aux autorités portuaires de refuser l'accès et le débarquement aux navires soupçonnés de pêche illégale, et de soutenir l'usage obligatoire des systèmes de surveillance des navires en haute mer. Transparence sur les propriétaires réels des bateaux, lutte contre les pavillons de complaisance et renforcement du partage de données entre États figurent également parmi les engagements pris.
Eau, désertification, immobilier : trois chantiers structurants
Sur l'eau, la Coalition du G7 lancée en 2024 sous présidence italienne voit ses travaux prolongés, avec un accent placé sur les polluants émergents, PFAS et microplastiques en tête. Une Journée de l'innovation sera organisée conjointement avec la présidence américaine du G20 pour présenter technologies de dépollution et solutions fondées sur la nature.
En matière de désertification, la présidence française a obtenu l'inscription du lien entre dégradation des terres, raréfaction de l'eau et déstabilisation des sociétés à l'agenda international, en vue de la COP17 de la Convention des Nations unies sur la lutte contre la désertification à Oulan-Bator en août 2026. Le texte met l'accent sur la manière dont la dégradation des sols alimente les tensions autour des ressources naturelles, les déplacements de populations et l'instabilité régionale.
Enfin, le Real Estate Resilience for Prosperity Partnership (RER4P) cible le secteur immobilier, qui concentre entre 60 et 80 % en valeur des dommages liés aux catastrophes naturelles. Cette initiative ouverte aux acteurs publics, privés et à la société civile vise à réduire l'exposition et la vulnérabilité des bâtiments aux aléas naturels, avec un accent sur les solutions fondées sur la nature, le partage des données et l'interdisciplinarité. Deux axes de travail structureront la suite : prévention des catastrophes et usage des données d'un côté, mutualisation des bonnes pratiques sectorielles de l'autre.
Un bilan du Nature Compact et la route vers Évian
Cinq ans après son adoption lors de la présidence britannique de 2021, le G7 Nature Compact, qui incluait l'objectif “30x30” de protection de 30 % des terres et de l'océan d'ici 2030, a fait l'objet d'une évaluation indépendante confiée au Programme des Nations unies pour l'environnement. Les résultats, présentés lors de la ministérielle, doivent nourrir la trajectoire des États du G7 jusqu'à l'horizon 2030.
“Ce G7 Environnement constitue une étape importante vers le sommet d'Evian”, a résumé Monique Barbut. Reste que la structuration d'une “action internationale à la fois réaliste, ambitieuse et durable”, selon ses termes, s'est ici construite en contournant ce qui aurait dû en être le ciment : la lutte contre le changement climatique . Un arbitrage diplomatique dont la signification politique - un G7 disposé à taire le climat pour ne pas crisper la réunion de famille - pèsera sur la crédibilité des engagements environnementaux pris à Paris.
Alexandre Hervaud
