Cool Roof France développe des revêtements réfléchissants pour toitures qui permettent de réduire l’absorption du rayonnement solaire et l’accumulation de chaleur dans les bâtiments.

Responsable grands comptes pour l’entreprise, François Hascoët nous explique les services proposés par cette société bretonne et ses perspectives de développement.

100 Transitions. Pouvez-vous nous rappeler la genèse de Cool Roof France ?

François Hascoët : Cool Roof France a vu le jour en Bretagne en 2015, grâce à la rencontre des trois futurs actionnaires de l’entreprise. Frédéric Lachêvre, alors gestionnaire d’un hypermarché de Quimper, sollicite deux de ses fournisseurs pour rendre son magasin plus économe en énergie : Ronan Caradec (énergéticien) et Roland Soun (frigoriste). 

Ils ont trouvé la solution aux États-Unis avec un produit déjà largement diffusé : le cool roofing. Mais la solution initiale était coûteuse et pas forcément adaptée. La peinture, c’est trois choses essentielles : de l’eau, des pigments et de la charge. Un minerai concassé et réduit en poudre peut constituer cette charge. Après une phase de R&D, Cool Roof a opté pour des coquilles d’huîtres, un déchet facile à obtenir et qui, en matière d’empreinte carbone, coûte peu cher à réduire en poudre. C’est ainsi qu’a démarré l’aventure.

En quoi Cool Roof France se démarque-t-il, au-delà de l’application d’une peinture blanche ?

Nous sommes dans un monde où vous pouvez dire beaucoup de choses, mais il faut le démontrer. Notre différence, c’est que nous mesurons la performance de notre cool roofing. Pour un magasin, une école ou un bâtiment industriel, nous mesurons à la fois les températures pour montrer que nous générons une baisse – généralement entre 4 et 8 degrés – tout en démontrant une baisse de kilowattheures. Nous rendons le bâtiment moins énergivore et ces économies sont mesurées avec des outils spécifiques. Notre bureau d’étude thermique est chargé de démontrer ce bon fonctionnement auprès des clients car l’objectif, derrière, est de déployer le dispositif à grande échelle. Notre solution est particulièrement adaptée pour les bâtiments équipés en systèmes de refroidissement, que ce soit pour la climatisation ou la réfrigération, très énergivores.

Parmi vos services, vous proposez un abonnement de nettoyage pour maintenir le SRI (indice de réflectance solaire). Pouvez-vous nous expliquer cette proposition ?

C’est assez simple : si vous avez un toit noir, la saleté qui s’incruste dessus – dépôts, pollution… – ne se voit pas. Dès que vous appliquez un revêtement blanc, elle se voit tout de suite ! Un toit cool roofé, au bout d’un an, s’est chargé en saleté et en pollution classique. Il faut donc le nettoyer, car si le toit commence à griser, il perdra en efficacité. Cet entretien doit être fait de façon régulière.  

Y a-t-il des perspectives intéressantes dans le résidentiel, notamment dans le neuf ?

Nous pensons principalement au résidentiel dans un cas assez précis : quand on intègre du photovoltaïque sur une toiture. Pour les panneaux, il y a deux options : le monofacial, à plat, et le bifacial, incliné avec deux faces. Sur une toiture, avec du bifacial, de l’énergie est créée dans un environnement surchauffé, et au-delà de 28 degrés, la productivité d’énergie diminue. Sur un toit blanc, cool roofé, nous allons baisser à peu près de 20 à 30 degrés l’environnement de toiture, et la réflexion désormais permise va permettre de produire sur la face arrière du panneau. En étant placé dans un environnement plus frais, avec une inclinaison moins propice à la salissure et avec une face arrière qui produit plus, le panneau peut voir sa production solaire augmenter de 20 %. 

Quels peuvent être les freins au développement de cette technologie ?

Chez le particulier, le frein principal peut être le PLU de sa commune, qui concerne beaucoup moins les entreprises. Un autre frein pourrait venir des atermoiements sur la CSRD et les obligations de conformité des entreprises. Cet aspect réglementaire est extrêmement important pour nous parce que les entreprises utilisent les valeurs des gains que nous avons fixées – démontrées et validées chaque année – pour leur reporting.

C’est toujours simple de se cacher derrière "la réglementation a changé, je ne le fais pas". Heureusement, nous avons des clients attachés au verdissement de leur parc immobilier. C’est une donnée importante : si, demain, un acheteur intéressé par un immeuble ou une grande surface a le choix entre un bâtiment à toit cool roofé ou à toit lambda, il ira plus facilement vers celui qui sera le mieux adapté aux futures exigences climatiques. 

La France s’est dotée d’une Trajectoire de réchauffement de référence pour l’adaptation au changement climatique (TRACC), et tous ceux qui n’anticipent pas vont se retrouver devant un écueil. Décret tertiaire, stratégie nationale bas carbone : toutes ces échéances se rapprochent, et, même avec un relâchement réglementaire, le changement climatique ne va pas diminuer. Une entreprise qui ne fait rien aujourd’hui en subira les conséquences plus tard, qu’il s’agisse de perturbation dans son process industriel ou de conditions de travail dégradées pour ses salariés. 

Lors du dernier World Impact Summit, à Bordeaux, j’ai rencontré des acteurs du foncier intéressés par notre solution. Avec notre technologie de simulation thermique dynamique augmentée, nous utilisons l’apport du satellite pour cartographier le foncier des clients. Cela permet d’aller vite pour prioriser les investissements et débloquer des CapEx chez eux. Ils étaient très surpris, et nous sommes fiers d’avoir montré qu’encore aujourd’hui, une petite société bretonne peut faire des vagues !

Propos recueillis par Alexandre Hervaud

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