Alors que la France connaît pour la deuxième fois cette année une canicule inédite tant par son intensité que par sa précocité, les ministres Vincent Jeanbrun (Logement) et Monique Barbut (Environnement) rendaient public, le 17 juin, leur plan pour lutter contre la chaleur dans les logements et les écoles. Petit tour d’horizon des mesures les plus marquantes.
Le dossier débute par un retour sur les différentes réformes engagées depuis la canicule de 2003, allant de la mise en place de multiples plans de prévention pour les populations les plus vulnérables au récent renforcement du Code du travail, qui accroît les obligations des employeurs. Il évoque également le plan ministériel de gestion des vagues de chaleur publié par le ministère de l’Éducation nationale le 28 mai dernier. Une ouverture en forme d’autocongratulation qui pourra faire grincer des dents, alors que le manque de coordination entre les différents échelons, locaux comme nationaux, est actuellement mis en lumière, en particulier dans le milieu scolaire.
Trois piliers pour s’adapter
Trois axes d’adaptation sont ainsi détaillés, afin de mieux faire face à un réchauffement climatique que subit désormais la France de plein fouet.
Le premier implique les collectivités locales et l’adaptation des espaces urbains. Il s’articule autour de deux priorités : la désimperméabilisation et la renaturation des espaces extérieurs. Ces deux leviers permettent de faire chuter de plusieurs degrés la température au sol. Pour favoriser la création de ces îlots de fraîcheur, le gouvernement met en avant plusieurs outils numériques à destination des collectivités ainsi que le Fonds vert, qui a déjà financé près de 1 100 hectares.
Le deuxième pilier concerne les bâtiments et la nécessité de limiter leur réchauffement. Une nouvelle fois, les solutions proposées sont bien connues : occulter les ouvertures, mieux isoler les murs et les toitures et améliorer la ventilation. Autant de mesures qui concernent principalement les bâtiments anciens et qui figurent déjà parmi les travaux éligibles au dispositif MaPrimeRénov’. Pour les bâtiments publics et scolaires, le gouvernement met en avant des subventions, mais surtout des systèmes de prêts destinés aux collectivités. Le programme ÉduRénov dispose ainsi de 2 milliards d’euros de capacité de financement sous la forme de prêts. La question du neuf et de la désormais célèbre RE2020 est également abordée. Si celle-ci intègre bien un indicateur de confort d’été, elle n’est toutefois pas construite à partir des scénarios climatiques actuels. Une concertation avec la filière devrait être ouverte cet été afin de l’adapter par décret avant l’année prochaine.
Troisième et dernier pilier : le développement de « solutions de refroidissement performantes ». Cette appellation regroupe les solutions de refroidissement actives, comme les réseaux de froid urbain, mais surtout l’installation de pompes à chaleur, qui peuvent être utilisées aussi bien pour le chauffage que pour la climatisation. L’objectif affiché est de doubler la capacité installée d’ici à 2030, puis de la tripler d’ici à 2035. L’essentiel du potentiel de progression se situe du côté du déploiement des pompes à chaleur, que le gouvernement encourage afin de limiter la dépendance du pays aux énergies fossiles depuis la crise dans le détroit d’Ormuz.
Rien de nouveau sous le soleil (de plomb)
Ceux qui s’attendaient à des annonces révolutionnaires ou à un changement radical de politique en resteront sur leur faim. Le gouvernement se contente en effet de remettre en avant des mesures déjà annoncées et dont les insuffisances, tant à court qu’à moyen terme, sont avérées. Les réactions sont fraîches, tant du côté des professionnels, qui estiment qu’il faudrait être beaucoup plus ambitieux en matière de rénovation, notamment en abaissant la TVA sur davantage d’équipements comme les volets roulants ou les stores, que des associations représentant les habitants. La Fondation pour le logement des défavorisés, par la voix de son directeur des études, Manuel Domergue, a ainsi dénoncé « une occasion manquée par le gouvernement d’agir contre les logements bouilloires, alors que la France étouffe et que toutes les solutions sont sur la table ».
Alors que des records historiques de chaleur sont battus jour après jour, force est de constater l’impuissance des pouvoirs publics et le retard pris dans l’adaptation. Les experts sonnent pourtant l’alarme depuis plusieurs décennies.
François Arias
