L’usine Seine Aval, qui traite les eaux usées de 6 millions de Franciliens depuis plus de 85 ans, est un ouvrage majeur modernisé en permanence. Retour sur la dernière campagne de travaux avec François-Marie Didier, président du Syndicat interdépartemental pour l’assainissement de l’agglomération parisienne (SIAAP).
DÉCIDEURS. L’usine Seine Aval est un site majeur du dispositif de traitement des eaux usées de l’agglomération parisienne. En quoi sa modernisation est-elle stratégique pour la région ?
François-Marie Didier. Seine Aval est l’usine historique du SIAAP. C’est aussi la plus grande usine d’assainissement d’Europe. Elle traite les eaux usées de 6 millions de Franciliens, soit environ 1,4 milliard de litres par jour. Depuis sa création en 1940, et plus récemment depuis 2009, l’usine se transforme et se modernise en permanence. C’est indispensable pour répondre à l’évolution des territoires qui s’urbanisent et se densifient, et au-delà, à l’évolution de la réglementation ainsi qu’aux attentes des habitants, toujours plus fortes en matière d’environnement.
Après de nouvelles unités de prétraitement et de traitement biologique, c’est une nouvelle unité de décantation primaire ainsi qu’une nouvelle filière de production de biogaz qui ont été inaugurées en 2025. Grâce à des installations et à des technologies plus performantes et plus sûres, nous renforçons notre maîtrise des risques industriels, nous préservons mieux le cadre de vie des riverains de nos usines et nous inscrivons l’activité d’assainissement dans la transition énergétique. Savez-vous que le SIAAP est aujourd’hui le premier producteur français de biogaz issu du traitement des eaux usées ? Cette énergie renouvelable alimente nos sites et les réseaux urbains, participant ainsi à la décarbonation du territoire dans une logique de circularité, de sobriété et de résilience. Vous le voyez, par nos choix stratégiques, nous montrons concrètement l’impact positif de notre industrie, une industrie responsable et durable, au service des territoires.
Quelle a été votre réflexion quant à la mise en place de cette unité de traitement de biogaz ?
La décision d’investir dans une nouvelle unité de biogaz répond à trois principaux enjeux. D’abord, moderniser et sécuriser les installations. Nous remplaçons des équipements anciens par des technologies plus performantes et plus fiables. Ensuite, valoriser les boues issues du traitement des eaux usées en énergie renouvelable, ce qui permet à l’usine de couvrir une grande partie de ses besoins énergétiques. Plus de la moitié des besoins énergétiques du site, qui s’élèvent à plus de 600 gigawattheures par an – l’équivalent de la consommation d’une ville de la taille de Strasbourg –, sont couverts grâce à la production d’énergie réalisée in situ, directement sur notre site.
Cette trajectoire, qui tend vers l’autosuffisance de notre activité, est en cohérence avec l’évolution actuelle du cadre réglementaire, notamment avec la Directive Eaux Résiduaires Urbaines 2, en cours de transposition, qui demande au secteur de l’assainissement de tendre vers la neutralité énergétique d’ici à 2045. Enfin, cette installation moderne et performante permet de mieux maîtriser les impacts de notre activité pour les riverains et ainsi d’assurer la bonne intégration territoriale de nos installations, un élément essentiel qui guide notre action depuis 50 ans.
Pouvez-vous détailler la gouvernance du projet : répartition des rôles entre le SIAAP, les maîtres d’oeuvre, les exploitants et les collectivités territoriales partenaires ?
Le SIAAP inscrit ses grands projets au sein de son schéma directeur industriel et de son plan pluriannuel d’investissement associé. Chaque projet fait ensuite l’objet d’études de cadrage jusqu’à l’établissement des cahiers des charges qui sont mis en consultation pour les entreprises dans le cadre d’appel d’offres. S’agissant de la nouvelle unité de biogaz, le marché de conception-réalisation a été notifié en 2016 et s’est déroulé sur huit ans. Les travaux ont démarré en octobre 2020 et se sont terminés fin 2024. Depuis, l’unité a été progressivement mise en service et est montée en régime. L’installation complète est en cours de réception par le SIAAP qui l’exploitera ensuite directement et en complète autonomie.
Dans les projets de conception/réalisation, le SIAAP assure la maîtrise d’ouvrage avec les équipes de sa direction technique, qui pilote tous les grands projets de travaux. La maîtrise d’œuvre est intégrée au projet. Le SIAAP s’appuie sur une assistance à maîtrise d’ouvrage pour le suivi du projet. L’exploitant est intégré lors de la conception pour valider les options techniques, organisationnelles et ergonomiques. Après la mise en route, il assure le pilotage conjointement avec le groupement pendant 3 à 6 mois pour prendre en main l’installation, puis assure une observation de l’installation en fonctionnement avant sa réception.
Quel a été le modèle de financement de ce projet ?
Le montant du projet s’élève à 401 millions d’euros. Il a bénéficié de subventions de l’agence de l’eau Seine Normandie (AESN) à hauteur de 32 millions et de prêts à taux zéro de l’AESN pour 16 millions ainsi que d’un prêt de la Banque européenne d’Investissement. Le reste est directement financé par le SIAAP.
Le SIAAP gère de nombreux usines et équipements. Quels sont vos grands projets d’infrastructure à venir ?
Nous avons pour la première fois rendu public en octobre 2025 notre Plan pluriannuel d’Investissement, qui prévoit plus de 4,15 milliards d’euros d’investissements entre 2024 et 2034. Avec ce plan, nous souhaitons consolider la résilience industrielle et l’intégration urbaine de nos installations pour répondre aux défis climatiques et territoriaux. Notre priorité est aussi d’intégrer les exigences de la nouvelle Directive Eaux Résiduaires Urbaines, notamment en matière de traitement des micropolluants, de neutralité énergétique et de maîtrise de l’empreinte carbone.
Propos recueillis par François Arias
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