Douze communes des Ardennes sont toujours privées d’eau potable depuis mi-juillet, contaminée par les PFAS. L’interdiction de boire l’eau du robinet n’est plus une hypothèse lointaine mais une réalité concrète, révélant que la crise de l’eau est désormais un enjeu sanitaire autant qu’environnemental.

Au-delà de ces alertes visibles, un défi plus insidieux s’impose : celui des PFAS ou « polluants éternels ». Ces composés chimiques ultra résistants sont utilisés depuis les années 1950 dans des produits aussi variés que les mousses anti-incendie, les textiles techniques ou les emballages alimentaires. Omniprésents, invisibles, persistants, les PFAS se sont diffusés partout — dans les nappes phréatiques, les sols, l’atmosphère, et jusqu’au corps humain.

Leur résistance est leur force industrielle. C’est aussi leur plus grand danger. Incapables de se dégrader naturellement, ces molécules s’accumulent dans les écosystèmes, et posent aujourd’hui un problème environnemental et sanitaire d’ampleur. La communauté scientifique le documente. Les autorités publiques commencent à le quantifier. Selon l’étude du collectif "The Forever Pollution Project, la dépollution des PFAS pourrait coûter plus de 2 000 milliards d’euros sur vingt ans à l’échelle mondiale.

Les États réagissent. L’Union européenne renforce les seuils de tolérance, prévoit des restrictions sur plus de 10 000 substances, et fixe des concentrations maximales quasi indétectables dans l’eau potable. Ces régulations sont nécessaires. Mais elles ne suffiront pas. Car derrière la norme, se pose une question plus rude : quelles technologies pour répondre à l’enjeu ?

Aujourd’hui, la plupart des solutions industrielles disponibles ne détruisent pas les PFAS. Elles les filtrent, les retiennent, les déplacent. C’est ici que se forme un angle mort technologique — et une opportunité.

Depuis quelques années, des start-ups s’en emparent. À rebours des approches classiques, elles développent des procédés capables non seulement de capter les PFAS, mais de les désintégrer chimiquement. Oxyle, par exemple, a conçu une solution qui détruit plus de 99 % des composés PFAS, y compris les plus mobiles, avec une consommation énergétique 15 fois inférieure aux autres technologies de destruction. Une avancée nette, pensée dès le départ pour un passage à l’échelle.

Ce type de réponse n’émerge pas par hasard. Il repose sur un alignement entre recherche fondamentale, savoir-faire industriel, et financement adapté. Et dans ce paysage, le rôle du capital-risque est essentiel. C’est lui qui rend possible l’émergence de solutions radicales dans des environnements contraints. C’est lui qui accepte d’investir tôt sur des marchés complexes, non régulés ou encore peu structurés. C’est lui, aussi, qui donne à ces startups le temps nécessaire pour industrialiser des ruptures profondes.

Le cas des PFAS en dit long. Face à des enjeux environnementaux complexes, ce sont souvent les startups qui ouvrent la voie. Elles avancent là où les solutions font défaut et transforment la contrainte en terrain d’innovation. C’est là que s’invente, aujourd’hui, une partie essentielle de notre capacité à réparer.

Sur l'auteur : Thomas Nivard est associé chez 360 Capital, une société de capital risque fondée en 1998 et spécialisée dans la deep-tech et la climate-tech.

¹ Source : https://foreverpollution.eu/lobbying/the-cost-of-remediation/ 

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