L’Ademe détaille dans trois études les nombreux gains potentiels dans le secteur des transports.

Malgré le fait qu’il soit le premier contributeur d’émissions de gaz à effet de serre en France (33 % des émissions en 2023), le secteur des transports passe souvent au second plan dans les politiques publiques. Et ce, malgré les nombreux décès (estimés à 40 000 par an) causés par la pollution de l’air.

Une situation que dénonce l’Ademe dans une série de trois études explorant l’impact que pourrait avoir l’adoption de modes de mobilités plus douces. La première est consacrée à la marche et au vélo, la seconde au covoiturage et la troisième à l’impact économique et sanitaire de la marche.

Le potentiel du vélo toujours sous-exploité

La première étude confirme l’utilité de la marche et du vélo pour atteindre nos objectifs de décarbonation. Elle constate que les citoyens utilisant le plus ces modes de transports ont également tendance à adapter leurs habitudes pour privilégier un mode de vie plus local, que ce soit pour faire leurs courses ou accéder à des services. La part modale de la marche pourrait passer de 24 à 31 %, tandis que celle du vélo monterait de 3 à 8 %.

Si les milieux urbains affichent sans surprise la marge de progression la plus importante (+20 points), les zones rurales et périurbaines peuvent aussi progresser, avec un gain potentiel de 6 et 8 points respectivement. Le résultat serait une baisse de 11 % des distances parcourues quotidiennement en France et une baisse de 15 % des émissions de gaz à effet de serre liés à la mobilité locale, soit près de 8 millions de tonnes de CO2 par an. Un second modèle basé sur une approche plus agressive estime que ces chiffres pourraient monter jusqu’à 17 millions de tonnes de CO2 par an.

Un impact qui n’est pas que climatique

Si vélo et marche ont un potentiel écologique important, il ne faut pas pour autant sous-estimer leur impact économique. Ce dernier est en effet estimé à 57 milliards d’euros par an pour l’économie française. Le trajet d’1 h 12 que les Français parcourent en moyenne tous les jours améliore grandement leur santé. Ses conséquences sont non négligeables : forte amélioration de l’efficacité des actifs pour les employeurs (productivité, réduction de l’absentéisme et du turn-over), permettant de réaliser des économies estimées à 20 milliards d’euros par an, tandis que l’amélioration de l’état de santé général représente lui 17 milliards d’euros. Le reste de l’impact économique se partage entre la réduction des dépenses de voiries (7,5 Md€), la moindre consommation d’espace (4,1 Md€) et les externalités évitées, telles que la pollution et le bruit (4,8 Md€).

Selon l’Ademe, une augmentation de 25 % du nombre de trajets à pied entraînerait 35 milliards d’euros d’économies supplémentaires chaque année. Alors que les finances publiques sont dans le rouge, la marche pourrait bien être une solution pour les améliorer.

Le covoiturage en grande forme

Pour finir, les équipes de l’Ademe se sont penchées sur le covoiturage. La pratique est plus populaire que jamais : près de 14 millions de Français y ont eu recours dans l’année pour des trajets courts, et 13 millions pour parcourir de longues distances. L’étude révèle que le recours aux plateformes comme Blablacar varie selon la distance parcourue : seuls 6,15 % des itinéraires courts sont organisés via ce type de service, contre plus de 53 % pour les longs.

L’étude révèle par ailleurs que le covoiturage longue distance cannibalise les transports en commun grâce à ses tarifs généralement inférieurs. Son bilan écologique pour les parcours longue distance est donc médiocre. Au contraire, pour les trajets courts, son impact est nettement plus positif : plus de la moitié des passagers auraient fait le chemin seuls dans leur voiture.

François Arias

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