Les années 2015-2025 sont les onze plus chaudes jamais enregistrées. C’est le constat central du rapport annuel de l’Organisation météorologique mondiale sur l’état du climat de la planète, publié le 23 mars 2026 : tous les indicateurs clés atteignent des niveaux sans précédent.
Publié chaque année à l’occasion de la Journée météorologique mondiale, le rapport « État du climat mondial » de l’Organisation météorologique mondiale (OMM) fait autorité en matière de suivi des indicateurs climatiques planétaires. Fondée en 1950 et rattachée au système des Nations unies, l’OMM coordonne les services météorologiques et hydrologiques de 193 États membres afin de produire des évaluations scientifiques consolidées à destination des décideurs, des chercheurs et du grand public.
L’édition 2025, publiée ce 23 mars 2026, dresse un bilan sans appel : la Terre traverse la période la plus chaude de son histoire mesurée, et chaque grand indicateur climatique atteint des niveaux sans précédent. Selon le rapport, les années 2015 à 2025 constituent les onze années les plus chaudes jamais enregistrées depuis le début des relevés instrumentaux en 1850. En 2025, la température moyenne mondiale à la surface du globe s’est établie à environ 1,43 degré au-dessus de la moyenne préindustrielle de référence (1850-1900), faisant de cette année la deuxième ou troisième la plus chaude selon les données utilisées. L’année 2024 conserve le record absolu, à 1,55 degré au-dessus de cette même référence – un record lié à un épisode El Niño particulièrement intense en début d’année.
Ce léger recul en 2025 s’explique par la transition vers des conditions La Niña, qui exercent un effet refroidissant temporaire sur les températures globales. Malgré cela, 2025 s’impose comme l’année la plus chaude jamais enregistrée en l’absence de conditions El Niño. Le signal est donc sans équivoque : le réchauffement se poursuit et s’accélère.
"L’humanité vient de traverser les onze années les plus chaudes jamais enregistrées. Quand l’histoire se répète onze fois, ce n’est plus une coïncidence. C’est un appel à agir" estime, face à ces données, le secrétaire général des Nations unies António Guterres.
Un déséquilibre énergétique record
Pour la première fois, le rapport introduit un nouvel indicateur clé : le déséquilibre énergétique terrestre. Cet indicateur mesure la différence entre l’énergie solaire absorbée par la Terre et celle qu’elle restitue vers l’espace. Sous l’effet des concentrations croissantes de gaz à effet de serre (dioxyde de carbone, méthane et protoxyde d’azote, tous à leurs plus hauts niveaux depuis au moins 800 000 ans), ce déséquilibre a atteint en 2025 sa valeur la plus élevée depuis le début des enregistrements en 1960, et son taux d’augmentation s’est accéléré de manière significative au cours des deux dernières décennies.
La répartition de cet excès d’énergie est éclairante : environ 91 % est absorbé par les océans, 5 % réchauffe les masses continentales, 3 % fait fondre les glaces et 1 % seulement réchauffe l’atmosphère, soit les températures que ressentent directement les êtres humains.
Les océans, mémoire et miroir du réchauffement
Le contenu thermique des océans, mesuré jusqu’à 2 000 mètres de profondeur, a atteint en 2025 son niveau le plus élevé depuis le début des enregistrements en 1960, dépassant le précédent record établi en 2024, sachant que chacune des neuf dernières années a établi un nouveau record. Le taux de réchauffement océanique sur la période 2005-2025 est plus du double de celui observé entre 1960 et 2005.
Les conséquences sont multiples : dégradation des écosystèmes marins, perte de biodiversité, réduction de la capacité des océans à absorber le CO₂, intensification des tempêtes tropicales. En parallèle, environ 29 % des émissions de CO₂ d’origine humaine sur la décennie 2015-2024 ont été absorbées par les océans, au prix d’une acidification continue : le pH de surface océanique a décliné au rythme de -0,017 unité par décennie depuis 1985, atteignant des niveaux inédits depuis au moins 26 000 ans, selon le GIEC.
Les glaces fondent, les eaux montent
Dans les mondes polaires, le bilan n’est guère plus rassurant. L’étendue annuelle moyenne de la banquise arctique en 2025 était la plus faible ou la deuxième plus faible jamais observée depuis le début de l’ère satellitaire en 1979. L’extension maximale hivernale de la banquise arctique a atteint son niveau le plus bas jamais enregistré, à 14,19 millions de kilomètres carrés. Du côté de l’Antarctique, 2025 affiche la troisième superficie la plus basse après 2023 et 2024, les quatre dernières années constituant les quatre minima records consécutifs. Quant aux glaciers de montagne, la saison hydrologique 2024-2025 s’est classée parmi les cinq pires depuis 1950, avec des pertes exceptionnelles en Islande et sur la côte pacifique de l’Amérique du Nord.
La hausse du niveau moyen des mers, alimentée par la dilatation thermique des océans et la fonte des glaces continentales, se poursuit et s’accélère : depuis 2012, le rythme d’élévation est nettement supérieur à celui mesuré entre 1993 et 2011. En fin d’année 2025, le niveau de la mer se situait environ 11 centimètres au-dessus de son niveau de janvier 1993.
Le rapport documente une année 2025 marquée par une succession d’événements météorologiques destructeurs. Les incendies de Californie en janvier (plus de 30 morts, 260 000 déplacés, 60 milliards de dollars de pertes) ont été suivis des inondations meurtrières au Texas en juillet (135 morts), de vagues de chaleur records en Europe du Sud et en Asie de l’Est, de cyclones dévastateurs au Mozambique et aux Philippines, d’inondations mortelles en Afrique subsaharienne et d’une sécheresse sévère en Asie du Sud-Ouest. Ces catastrophes ont engendré des déplacements massifs de populations et exacerbé l’insécurité alimentaire dans les régions les plus vulnérables.
Le rapport souligne également les effets sanitaires du dérèglement climatique : expansion géographique de la dengue (désormais maladie vectorielle à la croissance la plus rapide dans le monde), stress thermique affectant 1,2 milliard de travailleurs chaque année, et lacunes persistantes dans les systèmes d’alerte précoce adaptés au secteur de la santé.
Au-delà du bilan annuel, le rapport insiste sur une réalité souvent sous-estimée : les changements en cours s’inscrivent dans des temporalités bien plus longues que nos horizons politiques. Les modifications du pH des océans profonds sont irréversibles sur des échelles de temps centennales à millénaires. Le réchauffement des abysses et la hausse du niveau de la mer se poursuivront quant à eux pendant des siècles, voire des millénaires, même si les émissions de gaz à effet de serre cessaient demain.
Alexandre Hervaud
