Huit mois après sa nomination, la ministre de la Transition écologique a donné sa première interview radio, en pleine canicule record. Un exercice défensif révélateur des difficultés d’une experte du climat face à la politique et à un budget en berne.
Il aura fallu la journée et la nuit les plus chaudes jamais mesurées en France pour entendre, mardi 24 juin sur France Inter, la voix de Monique Barbut. Huit mois après son arrivée au gouvernement, la ministre de la Transition écologique y signait sa première interview radio. Un silence médiatique qu’elle revendique, confiant avoir “une parole peut-être rare”, réservée aux moments où elle entend “un certain nombre de choses qui [l’]offusquent”.
L’entretien, visible ci-dessus, a vite tourné à l’exercice défensif. Interrogée sur le retard pris dans la rénovation thermique des écoles, dont Emmanuel Macron promettait en 2023 la réhabilitation de 40 000 bâtiments en dix ans, la ministre a avancé le chiffre de “6 500 écoles” rénovées “avec l’appui de l’État”. Une comptabilité aussitôt contestée par l’intervieweur, qui y voyait un agrégat d’écoles “rénovées ou en chantier”, projets compris. L’aveu a suivi : “Intégralement rénovées, peut-être pas.” Le dossier de presse du Fonds vert recense, lui, 3 576 projets de rénovation de bâtiments scolaires financés depuis 2023, pour 932 millions d’euros. Loin, dans tous les cas, de la cible présidentielle.
Le nerf de la guerre reste budgétaire. Le Fonds vert, principal levier de financement de l’adaptation des territoires, a vu ses subventions fondre : 2 milliards d’euros en 2023, 1,6 milliard en 2024, 896 millions en 2025, selon son propre bilan. En mai, 162 millions supplémentaires ont été gelés. La ministre relativise, invoquant le calendrier des municipales et “800 millions” encore disponibles. Sur l’avenir, elle se montre plus ferme. Pourrait-elle rester en poste si le budget de son ministère diminuait ? “Non”, a-t-elle lâché, avant de nuancer : “il n’y a pas que le Fonds vert dans mon budget.” À chaque relance sur sa démission, la ministre botte en touche, réclamant “des vrais budgets pour l’adaptation” et jugeant le Fonds vert, même porté à 2 milliards, “anecdotique par rapport aux besoins”.
Le décalage est frappant entre la communication gouvernementale et les remontées du terrain. Le bilan du troisième Plan national d’adaptation (PNACC), publié le 17 juin, se félicite de “85 % des actions engagées” et d’une “première mondiale” : l’inscription dans le droit de la trajectoire de réchauffement de référence (TRACC, +4°C en 2100). Au Sénat, l’écologiste Daniel Salmon juge les mesures “dramatiquement faibles” et réclame un “plan chaud”, quand le socialiste Patrick Kanner appelle à un “plan Marshall d’adaptation des services publics”. Même l’I4CE, qui salue le “travail de fond” du plan, pointe auprès de Public Sénat un “manque de portage politique” et fait de la réduction du Fonds vert un “angle mort”. La suppression de 71 trains Intercités pendant l’épisode caniculaire illustre, pour son expert François Thomazeau, “une France qui gère l’adaptation en mode réactif”.
Reste la question de l’incarnation, posée frontalement par France Inter. Nommée en octobre 2025, première personnalité issue de la société civile à ce poste depuis 2018, l’ancienne présidente du WWF France est une diplomate chevronnée du climat, “rompue aux négociations internationales”, mais “beaucoup moins aux arcanes de la politique française”, estimait Le Monde à sa nomination. Le grand écart annoncé entre la scène onusienne et les arbitrages budgétaires de l’Assemblée se révèle aujourd’hui dans toute son ampleur.
Signe, peut-être, d’une volonté de reprise en main, la ministre a annoncé le 23 juin à ses équipes une réorganisation de son administration, révélée par Libération : la puissante direction générale de l’aménagement, du logement et de la nature (DGALN), “à cheval entre les ministères chargés de la Transition écologique, du Logement et de l’Aménagement” serait scindée au profit d’une Direction générale de l’environnement placée sous sa seule autorité, pour “mieux peser sur les arbitrages interministériels”. Des représentants syndicaux y voient plutôt une “désorganisation” et le risque d’un rétrécissement de périmètre, à un an de l’échéance présidentielle.
Budget contesté qu’elle se refuse à assumer, chaleur record qui met au jour les retards, administration en pleine recomposition attendue pour début 2027 : à mi-parcours, Monique Barbut cherche encore son point d’équilibre.
Alexandre Hervaud
