Personne ne s’attendait à ce que la seconde présidence de Donald Trump consacre le triomphe de l’écologie. Les attaques du président américain contre les politiques environnementales sont cependant d’une telle intensité qu’elles ont des répercussions bien au-delà des frontières de son pays – en témoignent ses dernières sorties devant les Nations unies.
Dès la campagne, le ton était donné. Élu avec un slogan comme « Drill, baby, drill ! » (« Fore, chéri, fore ! » dans la langue de Molière), le président américain ne risquait pas de passer les quatre années de son mandat à faire la promotion de la protection de l’environnement. Peu se doutaient cependant de l’ampleur du contrecoup qui allait frapper les États-Unis. C’est en effet un démantèlement en règle de décennies de politiques écologistes, démocrates comme républicaines, qui est en cours. Première victime : l’EPA, l’agence de protection de l’environnement américaine, qui voit ses effectifs décimés et qui est contrainte par sa nouvelle direction de supprimer de nombreuses règles et directives. Émissions de gaz à effet de serre, rejets de polluants dans les eaux usées, qualité de l’air… Faire la liste des victimes de la purge est aussi long que glaçant.
Tout miser sur les énergies fossiles
Dans le viseur également : les énergies renouvelables, accusées de tous les maux. Pour Trump et ses partisans, le futur sera fossile. Non seulement les centrales à charbon existantes ne fermeront pas comme prévu, mais l’administration souhaite que celles qui ont fermé rouvrent ! L’exécutif milite pour une augmentation de la production de pétrole, de gaz et de charbon – tout en attaquant les nouveaux projets de renouvelables et en gelant l’avancée de ceux qui sont presque arrivés à maturité.
Moins spectaculaire, mais peut-être plus inquiétant, le département de l’énergie, responsable de la politique énergétique du pays, a mis en place une liste de mots désormais tabous pour ses membres. Parmi ces derniers, « changement climatique », « vert », « décarbonisation », « transition énergétique », « durabilité », ou encore « émissions »…
Un « backlash » qui dépasse les frontières
Les effets d’une telle politique promettent d’être catastrophiques pour la planète, les États-Unis étant déjà le deuxième émetteur mondial de CO2… Et Donald Trump ne semble pas vouloir s’arrêter là. À la tribune des Nations unies, il a directement attaqué les politiques mises en place par les autres gouvernements : « Les renouvelables ne fonctionnent pas. Ils sont trop chers, ils ne sont pas suffisants pour faire fonctionner les usines dont vous avez besoin pour rendre la grandeur à votre pays. » Le changement climatique en prend également pour son grade, taxé de « plus grosse escroquerie jamais perpétrée dans le monde ».
La croisade antiécologie du trumpisme ne se limite donc pas aux frontières des États-Unis, et ses conséquences commencent à se faire sentir. Les instances internationales sont les premières touchées : Donald Trump a annoncé retirer son pays du pacte des Nations unies pour le climat, ainsi que des accords de Paris – pour la deuxième fois.
D’un point de vue opérationnel, de nombreux projets sont frappés de plein fouet par les coupes budgétaires dans les aides internationales. Et pour cause : sous l’administration Biden, près de 11,4 milliards de dollars étaient consacrés chaque année aux financements de programmes écologiques internationaux… Plus indirectement, le démantèlement de l’USAID va entraîner la suppression des 40 à 60 milliards de dollars alloués chaque année à l’aide internationale. Une bonne partie finançait des projets liés de près ou de loin au climat, à l’énergie ou à la résilience. En répercussion, des dizaines de programmes dans des pays en développement ont annoncé passer en sommeil, ou mettre tout simplement la clé sous la porte.
En France, ce sont les dispositifs de coopération scientifique qui sont les plus touchés. Ainsi, les membres de l’Agence américaine d’observation océanique et atmosphérique n’ont plus le droit de communiquer avec leurs confrères de l’Ifremer français. Résultat, les études sur l’évolution de l’état de l’Atlantique nord risquent d’être sévèrement entravées, car elles reposent en grande partie sur les 4000 balises de mesures américaines.
Le reste du monde dubitatif
Sur la scène internationale, la plupart des dirigeants critiquent les positions de Donald Trump. Au lendemain de son discours devant les Nations unies, les représentants d’une centaine de pays et plus de quarante chefs d’État et de gouvernement – totalisant ensemble 66 % des émissions mondiales de CO2 – ont pris la parole à l’occasion d’un sommet climat organisé par l’ONU. Le président brésilien Lula a déclaré que « personne n’est épargné par les conséquences du changement climatique. Les murs aux frontières n’arrêteront pas les sécheresses et les inondations », tandis qu’Emmanuel Macron a appelé de son côté à continuer de « baser nos décisions sur la science. » Une réunion qui s’est conclue avec la promesse d’une publication des objectifs des pays engagés avant la COP30, prévue pour novembre à Belém, au Brésil.
À l’opposé, certains pays semblent percevoir cette nouvelle orientation du géant américain comme l’occasion de caresser Donald Trump dans le sens du poil. C’est le cas de Javier Milei, qui a laissé entendre que l’Argentine pourrait se retirer des accords de Paris. L’Indonésie avait elle aussi laissé planer le doute sur le sujet, avant de faire marche arrière en juin dernier.
Paradoxalement, les pays producteurs d’hydrocarbures ne semblent pas pressés de suivre la direction suggérée par le président Trump : souhaitant se présenter comme des leaders en devenir de la transition , ils ont annoncé maintenir leurs politiques de transition énergétique.
La vulnérabilité des entreprises
Si les États paraissent relativement unanimes dans leur volonté de ne pas s’aligner, les entreprises semblent en revanche être les plus vulnérables aux pressions. Les géants de la tech américains, après des années passées à s’afficher comme les chantres de la transition écologique, ont effectué une volte-face spectaculaire. Première victime : les objectifs de réductions des émissions, qui passent au second plan – alors qu’elles étaient déjà plombées par la hausse des besoins énergétiques liés à l’IA.
D’autres changements sont plus insidieux, et risquent surtout d’avoir un impact plus global. Ainsi de la suppression par Meta (Facebook, Instagram…) de son programme de fact-checking au profit d’un système de « notes de la communauté ». Créé en 2016, ce dispositif de lutte contre la désinformation visait en particulier les fausses informations portant sur changement climatique depuis 2020. Meta comptant près de 5 milliards d’utilisateurs, l’impact sur les opinions publiques risque d’être considérable.
Volte-face de la finance
Le monde de la finance est également touché, puisque les plus grandes banques américaines (Goldman Sachs, Wells Fargo, Citibank, Bank of America, Morgan Stanley et JPMorgan) ont quitté la Net-Zero Banking Alliance. Lancé à l’initiative de l’ONU en 2021, ce groupe visait à pousser les institutions financières à réussir leur trajectoire net-zéro carbone à l’horizon 2050. Signe que la pression ne se limite pas qu’aux États-Unis, les six plus grosses banques canadiennes, les Britanniques HSBC et Barclays et le Suisse UBS leur ont emboîté le pas, tout comme certains établissements japonais et australiens.
Même son de cloche du côté des fonds d’investissement. Le fonds Blackrock et ses 11,5 billions de dollars d’assets ont quitté la Net Zero Asset Managers initiative. Plusieurs autres fonds américains l’ont suivi dans la foulée. Depuis, l’alliance a suspendu ses activités.
Reste la question de l’accès des entreprises étrangères aux marchés américains, en particulier à ceux liés à l’État. Les partenariats avec l’administration américaine étant désormais conditionnés à l’abandon des politiques environnementales ou ESG, il risque d’être dur pour certains acteurs de résister à la tentation de tailler dans leurs ambitions écologiques pour ne pas se couper d’un des plus importants marchés mondiaux.
En quelques mois à peine, Donald Trump aura donc réussi à faire reculer des années de progrès environnementaux dans son pays. Par-delà le choc suscité par ces premières décisions, il faudra du temps avant de pouvoir mesurer les répercussions à long terme de ce revirement politique. Une chose est sûre : le reste du monde en paiera le prix.
François Arias
