Une étude d'AXA Climate révèle que seules 43 % des espèces menacées en France et dans ses outre-mer sont protégées par la loi. Derrière ce chiffre, des disparités géographiques marquées et un biais taxonomique au détriment des invertébrés.
AXA Climate, filiale du groupe AXA dédiée à l'adaptation au changement climatique, publie une étude sur la protection de la biodiversité en France métropolitaine et dans les outre-mer. Synthèse de travaux publiés en 2026 dans la revue Journal for Nature Conservation, l'étude croise deux bases de données publiques françaises avec les évaluations du risque d'extinction issues de la Liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Selon l’étude, seules 43 % des espèces évaluées comme menacées bénéficient d'une protection juridique. Le taux progresse avec le niveau de risque, sans combler l'écart : 39 % pour les espèces “vulnérables”, 43 % pour celles “en danger” et 51 % pour celles “danger critique d'extinction”. Pour les auteurs, ce décalage traduit un problème structurel. Les connaissances scientifiques évoluent rapidement, tandis que la protection juridique avance à un rythme plus lent : en France métropolitaine, l'arrêté le plus récent protégeant les reptiles et les amphibiens date de 2021, et celui relatif aux oiseaux remonte à 2009.
Des disparités géographiques marquées
L'étude met en évidence de fortes inégalités entre territoires. Plus de 100000 espèces de faune et de flore sont recensées en France métropolitaine et en Corse, contre seulement 28704 en Guyane française, malgré la richesse de ses écosystèmes amazoniens. La part d'espèces évaluées varie également : 52 % à Saint-Barthélemy, 55 % à Wallis-et-Futuna, jusqu'à 97 % en Terre Adélie, la France métropolitaine et la Corse s'établissant à 89 %.
Ce niveau de connaissance ne se traduit pas par une meilleure protection. La France métropolitaine et la Corse concentrent le plus grand nombre d'espèces menacées, 1 445 au total, mais seules 34 % d'entre elles sont juridiquement protégées, soit le troisième taux le plus faible parmi les territoires français. La Martinique et la Guadeloupe affichent également des niveaux faibles (29 %). Les territoires riches en biodiversité comme la Nouvelle-Calédonie, la Polynésie française, Mayotte et la Guyane combinent un nombre élevé d'espèces menacées avec une protection comprise entre 45 % et 70 %.
Un biais taxonomique au détriment des invertébrés
L'étude souligne enfin un déséquilibre marqué selon les groupes taxonomiques. Les vertébrés indigènes bénéficient d'une couverture quasi complète : environ 95 % pour les oiseaux, les reptiles et les mammifères, 88 % pour les amphibiens.
À l'inverse, les bivalves et les anthozoaires se situent autour de 42 à 43 %, tandis que les insectes menacés ne sont protégés qu'à hauteur de 6 %, malgré leur richesse spécifique considérable. Une tendance similaire s'observe chez les plantes : 96 % de protection pour les gymnospermes (plantes à graines nues, comme les conifères), contre 51 % pour les angiospermes (plantes à fleurs et à fruits), qui représentent pourtant l'essentiel de la diversité végétale. Les algues menacées ne bénéficient quant à elles d'aucune protection.
Au-delà de la conformité réglementaire
Pour les auteurs, ce décalage a des implications concrètes pour les entreprises. “Notre étude montre que la conformité réglementaire à elle seule ne garantit pas que les risques pesant sur la biodiversité sont gérés”, expliquent Julie Rode, Raphaël Marchand, Rémy Poncet et Geoffroy Dufay, co-auteurs de l'étude chez AXA Climate. “Or, de nombreux secteurs, notamment l'agriculture, dépendent de fonctions écosystémiques soutenues par des espèces négligées par la réglementation. Lorsque ces fonctions sont perturbées, c'est la stabilité même des systèmes alimentaires qui est en jeu.”
Les auteurs plaident pour une approche élargie, centrée sur la protection des espèces “clés de voûte” qui jouent un rôle structurant dans les écosystèmes, ainsi que sur les habitats qui les soutiennent. Avec la généralisation des obligations de reporting extra-financier portées par la CSRD pourtant affaiblie et par la TNFD (Taskforce on Nature-related Financial Disclosures, cadre international de publication des risques et dépendances liés à la nature), ils invitent les entreprises à dépasser le seul prisme réglementaire pour mieux sécuriser leurs chaînes de valeur.
Alexandre Hervaud
