L’heure des cadeaux approche. 100 Transitions vous propose une sélection d’ouvrages inspirants, ainsi que quelques conseils pour éviter les pièges classiques (ou nouveaux !) de cette période propice à la surconsommation.
Le pied du sapin devrait être bien garni cette année, du moins pour les plus jeunes. Selon le cabinet Circana, le marché du jouet pourrait enregistrer sa meilleure performance depuis dix ans, avec une croissance de 9 % entre janvier et mi-novembre 2025. Derrière ces chiffres relayés par l’AFP se cache pourtant une inquiétude croissante : l’invasion des plateformes notamment asiatiques, comme Shein, Temu ou AliExpress, qui vendent des “jouets dangereux” et “non conformes", selon la Fédération française des industries Jouet-Puériculture. Un tiers des consommateurs français y aurait acheté au moins un jouet au premier semestre.
Face à cette concurrence, les professionnels du secteur martèlent un message : “Il vaut mieux acheter un jouet d’occasion de qualité qu’un jouet non conforme sur Shein”, rappelle Philippe Gueydon, directeur général de King Jouet. Un conseil qui résonne avec l’essor de la seconde main : en 2024, l’occasion représentait 7,1 % des ventes de jouets. Une hausse de 1,2 point, portée par des préoccupations écologiques grandissantes.
Bien entendu, le reconditionné – et le marché de l’occasion, de manière générale – ne se limite pas aux cadeaux pour enfants : matériel informatique, électroménager et autres biens culturels de seconde main sont légion sur les plateformes comme BackMarket, Underdog, Label Emmaüs et autre Leboncoin …
Dans ce contexte, nos recommandations de lecture privilégient des ouvrages qui questionnent nos modèles de production et de consommation, et invitent à repenser notre rapport au vivant et aux ressources.
Le mal des montagnes
Les Alpes ont perdu un mois d’enneigement en 50 ans, les Pyrénées verront leur manteau neigeux divisé par deux d’ici à 2050. Pourtant, l’économie du ski fait comme si de rien n’était : chalets de luxe à 30 000 euros le mètre carré à Courchevel, investissements massifs dans les canons à neige, JO 2030… Cette BD de 180 pages, coéditée par Reporterre et La Revue dessinée, explore la fuite en avant des stations et propose un regard sans concession sur nos sommets prisonniers d’un modèle insoutenable.
Le mal des montagnes, numéro hors-série La Revue Dessinée x Reporterre, collectif, 180 pages, 19 euros.
Le Paradoxe de l’Abondance
Le journaliste Hugo Clément enquête sur l’industrialisation de l’agriculture et ses conséquences : nous n’avons jamais produit autant de nourriture, pourtant nous détruisons ce qui nous nourrit. Sols surexploités, eaux dégradées, pollution chimique, qualité sacrifiée… L’abondance repose sur la destruction de la nature. À l’heure de la grogne agricole contre le Mercosur, cette BD éminemment actuelle mêle investigation dans les coulisses de l’agro-industrie, mise en perspective historique et carnet de solutions proposées par des paysans qui montrent la voie vers un système alimentaire durable.
Le Paradoxe de l’Abondance, Hugo Clément (scénario), Vincent Ravalec (scénario), Dominique Mermoux (dessin, couleurs), Dargaud, 160 pages, 22,95 euros.
On a mangé la mer
Les mers françaises ont été vidées de 80 % de leurs poissons de fond par des décennies de surpêche. Cette BD documentaire signée Maxime de Lisle (président de l’ONG Seastemik) et Olivier Martin plonge dans le système qui tue des centaines de milliers de tonnes de poissons chaque année. Une enquête sur la responsabilité collective – consommateurs, industriels, politiques – qui menace l’océan, avec des témoignages d’activistes, de capitaines et d’Isabelle Autissier qui espèrent pouvoir préserver notre patrimoine marin.
On a mangé la mer, Maxime de Lisle (auteur), Olivier Martin (dessin, couleurs), Futuropolis, 128 pages, 22 euros.
Hautes tensions
Neuf scénarios de science-fiction pour imaginer nos futurs entre 2040 et 2150, fruits d’une collaboration inédite entre auteurs, dessinateurs et experts de la prospective d’EDF. Et si chaque citoyen produisait son énergie ? À quoi ressemblerait un monde sans fossiles ? Et si le climatoscepticisme devenait la norme ? Huit nouvelles et une BD, tantôt dystopiques, tantôt contemplatives ou satiriques, offrent une nouvelle manière d’aborder les enjeux énergétiques et géopolitiques du monde d’après la transition.
Hautes tensions, Romain Lucazeau, Marguerite Imbert, Olivier Paquet, Tallandier, 144 pages, 21 euros.
Comment habiter notre planète
L’anthropologue Perig Pitrou, directeur de recherche au CNRS, analyse la saga Avatar de James Cameron – dont le troisième volet cartonne actuellement au cinéma – pour interroger notre rapport au vivant. Au-delà du spectacle et des prouesses technologiques, ces films questionnent la protection de l’environnement, les biotechnologies, la diversité culturelle et les guerres. En comparant les peuples de Pandora à l’Humanité, ce livre mobilise l’anthropologie de la vie pour réfléchir à notre manière d’habiter la Terre au XXIe siècle.
Comment habiter notre planète, Perig Pitrou, PUF, 232 pages, 19 euros.
Du fond des océans les montagnes sont plus grandes
Corinne Morel Darleux part explorer les forêts marines menacées par le chalutage, le réchauffement climatique, la pollution plastique et l’acidification des océans. Comment est-il possible de raser des lieux encore inexplorés, faire disparaître des espèces encore non identifiées ? Entre poésie et combat, autodérision et joie, ce carnet de bord rend visible la beauté des profondeurs peuplées de gorgones, lucioles marines et chimères. Un plaidoyer vibrant pour protéger un écosystème méconnu qui court un grand danger.
Du fond des océans les montagnes sont plus grandes, Corinne Morel Darleux, Libertalia, 120 pages, 10 euros.
Naturoscope
Terminons sur un livre pour enfants ! Les plantes représentent 99,6 % de la matière vivante sur Terre, les animaux seulement 0,04 %… Fleur Daugey, éthologue et journaliste, traduit ces données vertigineuses en infographies colorées signées Chiara Dattola. Taille d’une baleine, espèces les plus longévives, gaspillage de la pêche industrielle : cet album accessible dès 7 ans transforme les grandes questions écologiques en images captivantes et accessibles. Un outil précieux pour éveiller les consciences des plus jeunes.
Naturoscope, Fleur Daugey (scénario) et Chiara Dattola (illustrations), Actes Sud jeunesse, février 2025, 56 pages, 18 euros.
La rédaction







