Le bilan OPERAT 2024-2025 confirme la dynamique de réduction des consommations énergétiques du secteur tertiaire. Près d’une entité assujettie sur deux devrait atteindre les objectifs 2030 plus tôt que prévu.
Le secteur tertiaire est sur la bonne voie. C’est, en substance, le message principal du bilan OPERAT 2024-2025 publié hier par l’Ademe, opérateur de la plateforme qui recueille depuis 2022 les déclarations de consommation d’énergie des acteurs assujettis au Dispositif Éco Énergie Tertiaire (DEET).
Entre la période de référence 2010-2019 et l’année 2024, la consommation d’énergie finale ajustée du climat des bâtiments déclarés a diminué de 26 %. La consommation brute, elle, recule de 29,2 % sur la même période, l’écart s’expliquant par des hivers qui “tendent à être de moins en moins rigoureux”, selon le rapport. Couplée à un mix énergétique transformé, cette trajectoire conduit à une baisse de 32 % des émissions de gaz à effet de serre sur le périmètre déclaré.
L’électrification s’accélère
Ces résultats s’inscrivent en cohérence avec le plan d’électrification annoncé par le gouvernement afin de réduire la dépendance nationale aux énergies fossiles importées. La part de l’électricité dans la consommation déclarée progresse ainsi de 54 % sur la période 2010-2019 à 60,8 % en 2024, tandis que celle du gaz recule de 37 % à 29,3 %.
Les réseaux de chaleur urbains représentent 7,3 % et les autres énergies 2,5 %. L’Ademe note toutefois que “des précautions sont à prendre pour lire ces résultats, notamment pour les énergies de stock qui sont sous-représentées sur OPERAT par rapport à l’inventaire national des consommations du tertiaire”.
Rappelons que le secteur tertiaire totalise environ 1,2 milliard de mètres carrés en France et représente 15 % de la consommation nationale d’énergie finale brute, soit 225 térawattheures en 2024, selon le bilan énergétique du SDES de janvier 2026.
Objectif 2030 : un bâtiment sur deux déjà au rendez-vous
Principale nouveauté de ce bilan, l’analyse de l’atteinte des objectifs fixés pour 2030 par l’article 175 de la loi Élan. Sur les déclarations de consommation 2024 considérées comme fiables, 51 % des entités fonctionnelles assujetties (EFA), représentant 47 % en pourcentage de la surface totale, ont déjà atteint l’un des deux objectifs réglementaires, en valeur absolue ou en valeur relative. Une proportion en progression continue : 35 % en 2020, 47 % en 2023, 51 % en 2024.
Les disparités sectorielles restent marquées. Le commerce non alimentaire, les bureaux et l’enseignement affichent un taux d’atteinte supérieur, à 50 % des surfaces. À l’inverse, le tourisme, la santé, les laboratoires ou la restauration plafonnent sous les 40 %. Le secteur du commerce non alimentaire enregistre la réduction la plus significative, avec une baisse de 13 % du ratio de consommation sur deux ans, quand le tourisme et la santé n’affichent qu’une diminution de l’ordre de 5 %.
Un parc partiellement couvert
Au 31 janvier 2026, OPERAT recense près de 340 000 EFA déclarées et 1 145 000 déclarations de consommation toutes années confondues, dont 91 % validées. Les surfaces déclarées à l’échéance réglementaire du 30 septembre ont systématiquement progressé : 247 millions de mètres carrés pour 2022, 309 millions pour 2023 et 343 millions pour 2024. Le Centre d’études et de recherches économiques sur l’énergie (Ceren) estime à 996 millions de mètres carrés la surface tertiaire totale assujettie au DEET en France : les déclarations enregistrées sur OPERAT en couvrent donc "entre 50 % et 60 %”.
Notons que le rapport invite à une certaine prudence interprétative. D’une part, les chiffres “sont amenés à évoluer” : aucun blocage n’ayant été mis en place, les retardataires peuvent toujours compléter leurs déclarations. Pour l’année 2023, 40 % des déclarations ont d’ailleurs été réalisées entre septembre 2024 et septembre 2025, soit après l’échéance. D’autre part, certaines obligations semblent encore inégalement intégrées : dans le secteur de la santé, par exemple, le poids quasi nul des activités libérales dans les déclarations “pourrait indiquer que l’obligation de déclaration associée à cette activité n’est pas encore pleinement intégrée”.
Marges de progression et outils nouveaux
Le bilan détaille également les outils déployés pour fiabiliser les déclarations : campagnes de mailing ciblées (près de 30 000 déclarations signalées au troisième trimestre 2025, dont 45 % pour défaut de validation), contrôles de cohérence automatiques depuis décembre 2025, et intégration du Référentiel national des bâtiments (RNB) depuis juin 2025. Ce dernier a permis d’estimer à 370 000 le nombre de bâtiments distincts ayant fait l’objet d’au moins une déclaration pour 2023.
Le taux d’atteinte des objectifs 2030 pourra encore progresser avec la mise en place sur OPERAT du dépôt du dossier technique, qui permet de moduler l’objectif en cas de contraintes économiques, techniques, architecturales et patrimoniales. Comme le résume sobrement l’Ademe, “l’effort reste à renforcer dans les prochaines années pour que l’ensemble du parc atteigne son objectif”.
Ce bilan paraît au moment précis où se joue l’avenir institutionnel de l’Ademe. Présenté ce 20 mai en Conseil des ministres, le projet de loi “visant à renforcer l’État local” prévoit dans son article 7 le rattachement d’une partie des personnels de l’agence aux services déconcentrés de l’État – une mesure que son conseil d’administration avait rejeté la veille par quatorze voix contre dix.
Alexandre Hervaud
