À l’occasion du sommet Choose France réuni ce 1ᵉʳ juin à Versailles, les ministres Philippe Tabarot et Sébastien Martin ont annoncé un projet d’investissement du constructeur suédois sur son site d’Angers, dans le cadre du plan d’électrification du transport routier.
Annoncé par Philippe Tabarot, ministre des Transports, et Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, dans un communiqué conjoint diffusé en amont du sommet Choose France, le projet prévoit un investissement de 70 millions d’euros sur le site Scania d’Angers. La construction d’un nouveau bâtiment sur le site de l’usine existante et la transformation des lignes d’assemblage permettront de les adapter à la production électrique de poids lourds.
« L’accueil de l’assemblage des camions électriques à Angers marque une étape historique pour notre usine. C’est la reconnaissance du savoir-faire de nos équipes et de leur capacité à se transformer pour accompagner la transition industrielle et énergétique du groupe Scania en Europe. Avec le soutien de Choose France, nous inscrivons ce projet dans une dynamique industrielle durable et tournée vers l’avenir», a déclaré dans un communiqué Petrus Sundvall, Président-directeur général de Scania Production Angers. Plusieurs centaines d’emplois pourraient être créés en fonction de la demande du marché. L’usine, qui emploie aujourd’hui près de 1 500 salariés, produit entre 20 000 et 30 000 poids lourds par an et constitue, aux côtés de la Suède et des Pays-Bas, l’un des trois pays d’implantation industrielle du groupe.
L’annonce intervient alors que Scania France a réalisé en 2025 sa meilleure année commerciale dans l’Hexagone. Selon le bilan publié par le constructeur, sa filiale française est devenue, pour la deuxième année consécutive, le premier importateur de poids lourds avec 15,6 % de part de marché (5 979 immatriculations), sur un segment des plus de 16 tonnes en repli de 11,2 %. Scania revendique également 17,2 % de part de marché sur les tracteurs et, pour la première fois, la place de premier importateur sur le segment des porteurs (13,3 %).
Un marché français du poids lourd électrique encore embryonnaire
Les camions électriques représentent aujourd’hui environ 2 % des ventes de poids lourds en France, contre 18 % aux Pays-Bas et 7 % en Allemagne, selon les chiffres avancés par le gouvernement. L’écart traduit le retard de structuration de la filière française, sur lequel l’exécutif entend agir grâce au plan d’électrification présenté en février dernier par les ministres Monique Barbut et Philippe Tabarot.
« Le projet porté par Scania est une très bonne nouvelle pour l’électrification du transport routier de marchandises dans notre pays », estime Philippe Tabarot. Le ministre cite l’article 18 du projet de loi-cadre pour les transports, qui doit fixer aux donneurs d’ordre un objectif annuel de recours à des prestations de transport zéro émission, ainsi que l’objectif de 8 000 points de recharge dévolus aux poids lourds dans les dix prochaines années. L’aide à l’acquisition de camions électriques a par ailleurs été relevée jusqu’à 100 000 euros pour les véhicules les plus lourds, contre 60 000 euros auparavant.
Sébastien Martin met en avant la dimension industrielle de l’opération : « En choisissant la France pour développer sa production de camions électriques, Scania adresse un message clair : notre pays est une terre d’industrie, d’innovation et d’avenir. »
Une trajectoire alignée sur les objectifs de la SNBC
La Stratégie nationale bas carbone table sur 50 % d’immatriculations de poids lourds électriques neufs en 2030. Les travaux du think tank Équilibre des Énergies, présentés en février 2026, identifient l’électrique à batterie comme la solution de référence pour la décarbonation du transport routier de marchandises : la compétitivité économique est déjà atteinte en transport régional et attendue à horizon 2030 sur les usages urbains et de longue distance, à mesure que les coûts d’acquisition et d’énergie se rééquilibrent.
Le développement industriel angevin s’inscrit dans cette dynamique. Lors de sa conférence de presse du 25 mars 2026, Scania France avait détaillé l’évolution de sa gamme zéro émission : nouvelles batteries modulaires de 240 à 560 kilowattheures à haute densité énergétique, et passage à la nouvelle prise MCS (Megawatt Charging System), qui double la puissance de charge par rapport au standard précédent. En parallèle, le constructeur structure le maillage indispensable au déploiement de l’électrique : il revendique près de 1 800 stations de recharge poids lourds accessibles en Europe grâce à son service Scania Charging Access, dont une cinquantaine en France. Sur le marché français des énergies alternatives, Scania occupe la troisième position, avec 14,5 % de part de marché sur trois ans, derrière Renault Trucks (41,7 %) et Volvo (18,8 %).
D’autres annonces lors de Choose France
Officialisée dans le cadre du sommet Choose France, cette annonce fait écho à d’autres investissements significatifs dans la transition industrielle annoncés à Versailles : le sidérurgiste italien Marcegaglia consacre 600 millions d’euros supplémentaires à son projet Mistral, qui doit donner naissance à la première aciérie construite en France depuis plus de 50 ans, alimentée en électricité bas carbone par un contrat de long terme avec EDF ; l’américain Ecolab engage 100 millions d’euros sur deux sites, dont l’usine GravitHy, à Fos-sur-Mer, qui produit du fer décarboné à partir d’hydrogène vert ; le japonais SoftBank annonce quant à lui 75 milliards d’euros pour des infrastructures liées à l’intelligence artificielle dans les Hauts-de-France.
« L’électrification n’a pas seulement des objectifs climatiques et environnementaux, mais il s’agit bien d’une vraie stratégie de réindustrialisation et de souveraineté économique de la France », résume la ministre déléguée à l’Énergie Maud Bregeon dans un entretien à La Provence.
Alexandre Hervaud
Photo : Dan Boman / Scania
