À quelques jours de la publication de la Programmation pluriannuelle de l’énergie, le rapport Electricity 2026 de l’Agence internationale de l’énergie confirme la nécessité d’accélérer le développement des capacités renouvelables françaises pour répondre à une demande électrique en forte hausse.
Alors que le Premier ministre Sébastien Lecornu s’apprête à signer le décret de Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), une arlésienne attendue depuis près de trois ans, le rapport Electricity 2026 de l’Agence internationale de l’énergie (AIE) vient bousculer les idées reçues sur les besoins électriques français. Contrairement aux arguments avancés par certains opposants au développement des énergies renouvelables, qui se fondent sur la stagnation récente de la consommation, l’agence parisienne anticipe un rebond significatif de la demande d’électricité en France jusqu’en 2030.
Les fondamentaux du marché électrique français se sont stabilisés en 2025, indique le rapport. La demande d’électricité a augmenté d’environ 1,2 % en glissement annuel, contre une croissance légèrement inférieure à 1 % en 2024. Cette évolution marque une rupture avec la tendance majoritairement baissière observée entre 2018 et 2023, période durant laquelle la consommation a reculé à un rythme annuel moyen de 1,6 %.
Accélération en vue
Pour les cinq prochaines années, l’AIE prévoit une accélération significative : la demande d’électricité devrait afficher une croissance annuelle moyenne de 2 % entre 2026 et 2030. Ces estimations rejoignent celles du gestionnaire RTE, qui a révisé à la hausse ses projections dans son dernier Bilan prévisionnel indiquant un taux de croissance annuel moyen compris entre 0,9 % et 2,5 % jusqu’en 2030.
Cette dynamique s’inscrit dans une tendance mondiale plus large. Pour la première fois depuis trois décennies – hors périodes de crise –, la demande mondiale d’électricité a dépassé la croissance économique en 2024. Un phénomène appelé à devenir structurel : à l’échelle mondiale, la demande devrait augmenter de 3,6 % par an entre 2026 et 2030, portée par l’industrie, les véhicules électriques, la climatisation et les centres de données.
Sur son blog, Christian de Perthuis, professeur à Paris Dauphine-PSL et fondateur de la Chaire Économie du Climat, estime que la stagnation européenne observée ces dernières années "traduit la lenteur de l’adaptation de ses capacités de production". Et de fustiger “les partisans du ralentissement ou du moratoire sur les énergies renouvelables” qui ont selon lui appliqué “la pire des méthodes pour anticiper le futur : la stratégie du rétroviseur consistant à projeter dans le futur les figures observées dans le passé”.
Renouvelables et nucléaire en première ligne
Selon l’AIE, la demande supplémentaire française sur la période 2026-2030 sera couverte presque entièrement par la croissance de l’éolien et du solaire photovoltaïque. Leur production combinée devrait augmenter de près de 55 % d’ici à 2030, tandis que la production nucléaire devrait revenir au niveau de 2025 après un léger recul en 2026.
Le parc nucléaire français a poursuivi en 2025 le redressement amorcé en 2023. Avec une production en hausse de 3 % en glissement annuel, il a atteint son niveau le plus élevé depuis 2019. Cette performance s’explique notamment par le raccordement de l’EPR de Flamanville fin 2024 et par les améliorations dans la gestion des arrêts de tranche.
Le rapport note que la production nucléaire a présenté de nouveaux niveaux de variabilité horaire en 2025, s’adaptant aux fluctuations de la charge résiduelle durant l’été. En juillet et août, elle a diminué jusqu’à 13 % par rapport aux niveaux moyens journaliers, coïncidant avec une forte production solaire qui a atteint un record de 30 % de la charge horaire en milieu d’après-midi. Côté renouvelables, les installations record de solaire en 2024 ont contribué à une hausse de 38 % de la production solaire en 2025. La production éolienne n’a progressé que de 6 % sur un an, tandis que l’hydroélectricité, impactée par un différend au long cours entre la France et la Commission européenne en passe d'être réglé, a reculé de 18 %. Au total, la production renouvelable globale a enregistré une légère baisse de 0,3 % en glissement annuel.
L’AIE souligne toutefois que l’atteinte des objectifs nationaux à l’horizon 2030 demeure incertaine, pointant le retard pris pour la publication de la PPE. Selon les premiers retours d’acteurs du secteur reçus vendredi dernier à Matignon, le texte s’achemine vers un renforcement du nucléaire et un ralentissement de l’éolien terrestre et du solaire, sans pour autant aller jusqu’à établir un moratoire sur les renouvelables.
L’Europe dans la même dynamique
À l’échelle européenne, le rapport confirme également un retournement de tendance. Après une hausse inférieure à 1 % en 2025, la demande de l’UE devrait croître d’environ 2 % par an jusqu’en 2030, même si la consommation ne devrait pas retrouver les niveaux de 2021 avant 2028.
Cette croissance intervient alors que les économies avancées sortent de 15 années de stagnation. Selon l’AIE, ce regain marque l’entrée dans une nouvelle ère où l’électricité devient un intrant majeur pour l’intelligence artificielle, les centres de données et l’industrie manufacturière avancée.
Alexandre Hervaud
