Dépassée par la Chine dans le secteur des renouvelables, l’Europe espère pouvoir jouer ses cartes dans le nucléaire.

Le concept des petits réacteurs modulaires, plus couramment nommés SMR, est loin d’être nouveau, mais il prend de la vitesse depuis quelques années. Derrière l’acronyme se cache une idée simple : du nucléaire à petite échelle, standardisé et autonome, bien loin des réacteurs à très grande échelle que nous avons construits depuis des décennies. S’ils produisent moins qu’une centrale classique, ces derniers sont en revanche bien plus faciles et rapides à déployer, ce qui les rend également nettement plus rentables que les pharaoniques réacteurs classiques dont les chantiers (et les budgets) peuvent vite déraper…

Sur le papier, les SMR sont donc particulièrement intéressants pour déployer une énergie décarbonée et surtout non intermittente – de quoi en faire un compagnon idéal des énergies renouvelables.
Reste cependant un petit obstacle : aucun n’est pour le moment commercialisé, avec seulement une poignée d’exemplaires en construction dans le monde. Les projets sont en revanche nombreux : plusieurs dizaines répartis un peu partout sur la planète, surtout en Europe et aux États-Unis. Là, aussi de nombreux acteurs cherchent à imposer leur design.

L’Union européenne change de cap sur le nucléaire

Reste que l’UE ne s’était pas vraiment intéressée au sujet jusqu’ici, une absence désormais en partie réglée avec le paquet énergie adopté début mars à Strasbourg, malgré une Commission peu favorable de manière générale au nucléaire. Dan Jorgensen, le commissaire danois en charge de l’énergie et du logement, est même d’ailleurs ouvertement antinucléaire…

C’est donc un virage à 180 degrés qui est en train de s’opérer. Ursula von der Leyen a publiquement déclaré que réduire la part du nucléaire en Europe était une « une erreur stratégique de l’Europe ». Un changement de stratégie qui implique un soutien plus important pour le financement et le développement des SMR. En pratique, cela se traduira par un budget de 200 millions d’euros alloué au Fonds pour l’innovation qui sera consacré au développement des SMR. Si elle peut paraître importante à première vue, la somme semble cependant un peu dérisoire au regard des estimations de l’UE : elle évalue à 241 milliards les investissements nécessaires dans le nucléaire d’ici au milieu du siècle. Autant dire que l’ambition de construire un « Airbus de l’atome » et de se doter d’une capacité de 17 à 53 gigawatts à l’horizon 2050 semble quelque peu démesurée considérant les moyens alloués.

Ces financements seront accompagnés par un assouplissement réglementaire pour permettre aux industriels d’avancer plus rapidement. En parallèle, la Commission appelle les États à harmoniser les règlements liés à la sûreté nucléaire. Le but est de ne pas avoir à faire recertifier un même réacteur dans chaque nouveau pays pour faciliter les déploiements.

Le risque du trop peu, trop tard

Si le changement de position européenne est notable, la route semble d’autant plus ardue que la politique énergétique européenne reste une compétence des États. L’installation de nouveaux réacteurs, compacts ou classiques, dépend donc des choix politiques des gouvernements en place.

Rien ne dit donc que la réponse européenne sera suffisante pour éviter un scénario similaire à ce qu’a connu le secteur du solaire. Pourtant en avance technologiquement, la filière européenne s’était fait rattraper, puis dépasser par une industrie chinoise bien plus agressive et soutenue par Pékin.

François Arias

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