L’Union Européen ne financera plus les projets utilisant des fournisseurs à risque.
Alors que la guerre en Iran pousse les gouvernements européens à accélérer l’électrification de leur économie, la Commission européenne tire la sonnette d’alarme sur la chaîne d’approvisionnement de nos infrastructures en général et des énergies renouvelables en particulier. Le porte-parole de la Commission, Siobhan McGarry, a ainsi annoncé que l’institution allait prendre immédiatement des mesures contre « les risques de sabotage des infrastructures critiques de l’UE par des acteurs étrangers », notamment en restreignant l’usage de fonds européens pour les projets faisant appel à des fournisseurs considérés comme à risque.
La crainte de cyberattaques
Parmi les équipements critiques mis en cause figurent les onduleurs solaires, qui transforment le courant continu généré par un panneau photovoltaïque en courant alternatif utilisé dans le réseau. Indispensables à la production d’énergie solaire, ces onduleurs sont aussi de plus en plus complexes et très souvent connectés afin de fournir des fonctions de suivi et de gestion. Cette connectivité rend ces infrastructures critiques intrinsèquement vulnérables à des attaques informatiques susceptibles de déstabiliser les réseaux électriques.
Les attaques informatiques contre les infrastructures, en particulier énergétiques, ont explosé ces dernières années. Elles peuvent impliquer des acteurs criminels, comme dans le cas des rançongiciels, mais aussi des acteurs étatiques ou affiliés. L’invasion russe de l’Ukraine a ainsi été accompagnée de plusieurs cyberattaques de ce type visant les infrastructures ukrainiennes.
La Chine dans le viseur
Si l’annonce touche théoriquement plusieurs pays considérés comme à risque (Russie, Iran, Corée du Nord…), c’est de facto la Chine qui est visée. Celle-ci est en effet, de loin, le premier fournisseur mondial de produits liés aux énergies renouvelables, avec des géants comme Huawei ou Sungrow.
La Commission recommande donc de privilégier des partenaires jugés plus alignés avec l’Europe, comme le Japon, la Corée du Sud, la Suisse ou encore les États-Unis. Les projets déjà engagés pourront toutefois bénéficier d’exceptions sur demande.
Si les équipementiers chinois ne sont pas totalement bannis d’un point de vue réglementaire, ils ne pourront plus être utilisés dans des projets bénéficiant de financements européens.
La situation n’est pas sans rappeler les restrictions sur l’utilisation d’équipements télécoms et réseaux promues par les États-Unis auprès de leurs alliés depuis 2018. Une demande qui n’avait pas été suivie à l’époque en Europe, seul le Royaume-Uni s’étant aligné. Paradoxalement, ces équipements réseau font désormais également partie de ceux considérés comme critiques et ne pourront donc plus être financés par l’UE.
Les autorités chinoises ont réagi, qualifiant ces règles de « discriminatoires » et menaçant de riposter si elles étaient mises en œuvre.
Les conséquences d’une souveraineté industrielle abandonnée
Si les questions de vulnérabilité des infrastructures face à des acteurs hostiles sont sans nul doute plus cruciales que jamais, cette annonce risque néanmoins de faire grincer des dents. Les enjeux de souveraineté avaient déjà été évoqués il y a quelques années, lorsque l’UE avait, en toute connaissance de cause, sacrifié sa filière solaire malgré les appels de cette dernière à privilégier des fournisseurs locaux.
Le scénario qui reproduit celui connu par les équipementiers en télécommunications, où des acteurs majeurs comme Nokia ou Alcatel ont été progressivement marginalisés, laissant l’Europe sans véritables fournisseurs domestiques. La doctrine du libre-échange à tout prix se heurte aujourd’hui à une réalité plus dure : l’abandon des filières stratégiques locales se paie au prix fort dès lors que le contexte géopolitique se tend.
Autant dire que le développement indispensable des énergies renouvelables sur le continent pourrait être sérieusement ralenti si l’accès aux fournisseurs chinois devenait plus difficile ou même impossible…
François Arias
