La réintroduction de plusieurs pesticides constituait une ligne rouge pour la ministre de l’Environnement qui a vu sa démission refusée par Emmanuel Macron.
Votée au Sénat il y a quelques semaines, la loi sur l’urgence agricole a finalement été adoptée dans la nuit du 20 au 21 juillet à l’Assemblée nationale. Dans le détail, 296 députés ont voté pour, 224 contre, et 41 se sont abstenus, avec une division droite-gauche assez nette. Dans le camp macroniste, au sein duquel un certain nombre de voix avaient émis des doutes quant au texte, il n’y aura pas eu de rébellion majeure : 51 ont voté pour, 15 contre et 16 se sont abstenus.
Le gouvernement aura au passage refusé de soumettre au vote les amendements de suppression proposés par son propre camp, qui visaient à bloquer la réintroduction de plusieurs pesticides. Si le chef de groupe Gabriel Attal a finalement voté pour, plusieurs figures majeures, comme l’ancienne ministre de l’Environnement Agnès Pannier-Runacher et Élisabeth Borne se sont, elles, opposées au texte. Selon nos confrères du Figaro, cette dernière a d’ailleurs « failli en venir aux mains » avec la ministre de l’Agriculture Annie Genevard en pleine séance nocturne dans l’hémicycle. En cause : la suppression de dernière minute d’un amendement déposé par l’ancienne Première ministre. Comme on dit, « le groupe vit bien ».
Une victoire pour Annie Genevard et les lobbies de l’agriculture
En définitive, c’est un carton quasi plein pour les agriculteurs, qui ont réussi à détricoter des années de progrès environnementaux. Outre la très médiatisée réintroduction de plusieurs néonicotinoïdes, le texte assouplit ou supprime de nombreuses barrières sur des sujets variés. Figurent entre autres un détricotage des agences de l’eau, des facilités d'installation pour les élevages de grande taille ou encore une facilitation de l'abattage des loups. Désormais adopté par les deux chambres, le texte doit cependant passer l'étape du Conseil constitutionnel, plusieurs recours ayant été déposés.
« Un ministre, ça démissionne ou ça ferme sa gueule »
Porté par la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, le texte contenait plusieurs lignes rouges pour Monique Barbut, qui était allée jusqu’à mettre sa démission dans la balance. Un va-tout qui n'aura pas suffi à pousser le Premier ministre à arbitrer dans son sens, puisque le gouvernement a empêché l'examen des amendements de suppression venus de son propre camp. « Contrairement aux engagements qui m'avaient été donnés, le gouvernement a empêché le débat autour de la suppression de cette mesure, pourtant souhaitée également par les députés », déclarait-elle ce matin sur LinkedIn, fustigeant un « recul environnemental de trop ».
Le divorce semblait donc bel et bien acté. Les proches de Monique Barbut affirmaient que l'officialisation de son départ interviendrait à la suite de son rendez-vous de mi-journée avec le président de la République.
Tout semblait ainsi parti pour qu'Emmanuel Macron vive la troisième démission d'un de ses ministres de l'Environnement, après celle, tonitruante, de Nicolas Hulot en 2018, et celle, nettement plus embarrassante, de François de Rugy en 2019.
Une démission refusée
Reste qu'à la mi-journée, il a fallu faire face à un énième rebondissement : non seulement le président a refusé la démission de sa ministre, mais cette dernière accepte de rester en poste ! Un volte-face quelque peu lunaire, qu'elle justifie par « l'urgence d'agir contre les conséquences du changement climatique qui frappent durement [le] pays et pour répondre aux enjeux de santé environnementale ».
Le gouvernement s'épargne ainsi la recherche d'un nouveau ministre de l'Environnement. Il aurait en effet été probablement compliqué de trouver un volontaire pour diriger un ministère qui subit de plein fouet le retour de bâton écologique depuis plusieurs années, dont le budget et les agences sont attaqués de toutes parts et qui, en prime, vient d'être publiquement désavoué sur un texte pourtant profondément impopulaire, qui avait provoqué un niveau de contestation jamais vu depuis de longues années. La pétition contre la loi Duplomb avait en effet recueilli plus de 2 millions de signatures sur le portail de l'Assemblée nationale.
Une question demeure : de quelle crédibilité politique dispose encore la ministre de l'Environnement ? L'ex-présidente du WWF France présentait un profil technique reconnu, mais ne bénéficiait que de peu de soutiens politiques. Une faiblesse qu'elle n'avait pas réussi à combler ces derniers mois, en témoigne sa quasi-invisibilité médiatique et quelques interviews peu convaincantes.
Les derniers mois du mandat d’Emmanuel Macron risquent donc d’être bien longs pour les défenseurs de l’écologie.
François Arias
