Le think tank de Jean-Marc Jancovici met en avant, dans son dernier rapport, 20 grands chantiers pour décarboner l’économie française.
Alors que la baisse des émissions de CO₂ en France ralentit fortement et que les préoccupations climatiques sont reléguées aux calendes grecques dans les agendas politiques, The Shift Project présente les premières mesures d’une nouvelle feuille de route intitulée "Plan robuste pour l’économie française", dont une version complète est attendue pour le mois d’octobre.
Ce document propose deux analyses : d’une part, une étude des dynamiques et des freins auxquels font face 20 chantiers emblématiques de la décarbonation ; d’autre part, une évaluation de plusieurs trajectoires de décarbonation et de leurs effets.
Vingt chantiers pour transformer l’économie
Pour réussir la décarbonation, la France doit sortir des énergies fossiles, qui représentent encore la plus grande part des émissions (60 %). Dans cette optique, 20 projets ont été sélectionnés, répartis en six catégories (transports, logement, numérique, industrie, agriculture et énergie).
Le spectre est large : de la massification de l’usage du vélo – avec un objectif de 25 % des déplacements du quotidien – à une meilleure gestion agricole de l’azote, en passant par la relance de la filière nucléaire française parallèlement à un déploiement accéléré du solaire et du photovoltaïque.
Des solutions connues, mais encore peu mises en œuvre
Rien de révolutionnaire sur le fond : le Plan reprend les thématiques classiques de la transition écologique, qui n’en demeurent pas moins des solutions réalistes et déjà identifiées. Reste la question de leur mise en œuvre, qui nécessite un engagement résolu et une coordination étroite entre les acteurs publics et le secteur privé. The Shift Project appelle ainsi à « une planification rigoureuse, mais sans excès d’optimisme ».
Des trajectoires sous contraintes
Plus largement, le rapport insiste sur le fait que la décarbonation française devra affronter un contexte de crises et d’incertitudes. Les évaluations du think tank s’apparentent ainsi à une analyse de robustesse, simulant différentes trajectoires de transformation de l’économie française en intégrant des hypothèses de mise en œuvre plus ou moins dégradées.
L’étude des trois trajectoires envisagées met en évidence les risques qu’induit l’inaction. Atteindre la neutralité carbone en 2050 reste possible malgré des imprévus, mais suppose de mettre en place des politiques ambitieuses et de mobiliser des moyens adaptés dès le prochain quinquennat. Dans le scénario le plus pessimiste, non seulement les objectifs climatiques ne seraient pas atteints, mais l’économie française resterait dépendante des énergies fossiles – un enjeu plus crucial que jamais au vu du contexte international.
Nucléaire et renouvelables : un duo assumé
Les experts insistent également sur l’importance de la préservation des puits de carbone naturels, sur lesquels notre contrôle reste limité. Parmi les autres enseignements majeurs figure le rôle central de l’électrification des usages, couplée à une politique énergétique soutenue. Sur ce point, le rapport refuse de trancher entre nucléaire et renouvelables, estimant que ces deux sources d’énergie sont complémentaires et indispensables pour répondre, à long terme, aux besoins en électricité de la France.
Former pour réussir la transition
Enfin, le rapport aborde un sujet souvent négligé dans les politiques publiques : la formation. La décarbonation nécessitera de nombreux profils qualifiés dans des domaines variés. Ces besoins en main-d’œuvre devront être anticipés, grâce à des offres de formation adaptées.
Celles-ci sont essentielles non seulement pour les jeunes diplômés, mais aussi pour accompagner la reconversion des salariés des secteurs appelés à décliner. Une fois encore, le mot d’ordre est l’anticipation, afin d’éviter les licenciements brutaux et de limiter l’impact social.
François Arias
